Amour, gloire et musique

Pour Hippolyte Wouters, les grands personnages de l'Histoire sont des véhicules vers la rêverie plutôt que des fins en soi. Ses pièces ont l'allure de charmantes conversations - l'une d'entre elles, où se rencontrent Tocqueville et Juliette Récamier, s'appelle d'ailleurs "La Conversation" - qui touchent au dialogue philosophique.

Philip Tirard

Pour Hippolyte Wouters, les grands personnages de l'Histoire sont des véhicules vers la rêverie plutôt que des fins en soi. Ses pièces ont l'allure de charmantes conversations - l'une d'entre elles, où se rencontrent Tocqueville et Juliette Récamier, s'appelle d'ailleurs "La Conversation" - qui touchent au dialogue philosophique.

Son époque de prédilection, le Grand Siècle et celui des Lumières, lui a déjà permis de convoquer Molière et Corneille ("Le Destin de Pierre"), Ninon de Lenclos et Françoise d'Aubigné ("Lenclos ou la liberté". Et voici Georg-Friedrich Händel dans "Le Choix d'Hercule" (titre d'une de ses cantates profanes), pièce créée à l'Hôtel Astoria en 2005.

Hippolyte Wouters récidive en alexandrins, qu'il trousse joliment dans une langue tout imprégnée de l'esprit du XVIIIe siècle. Dans le rôle-titre, Léonil McCormick a l'air d'un enfant sage qui va piquer des confitures. Son élocution explosive s'emberlificote parfois dans la prosodie métronomique de l'auteur, mais il met une irrésistible espièglerie dans l'œil de ce personnage gourmand des plaisirs de la vie que fut le compositeur allemand.

La pièce saisit Haendel au souper que lui sert son valet londonien (Gérard Duquet, raide et ironique comme un parfait "butler" british) : les pâtes ne sont pas à son goût. Mais l'homme a autre chose que la nourriture en tête. Il attend la Cuzzoni, diva italienne pour laquelle il a écrit un opéra.

A peine arrivée (pétulante Bambina Liberatore), la soprano est reléguée au second plan par l'entrée de Lord Ashford (Jean-Paul Andret, façon diplomate chevronné), mandaté par le roi George pour inviter le musicien à travailler pour la cour. Et voici Haendel devant ce fameux "choix d'Hercule" entre le vice et la vertu : en l'occurrence, entre la protection du roi avec la perspective de perdre sa liberté artistique et l'indépendance avec tous les aléas qu'elle suppose.

Le dilemme est soigneusement détaillé par Hippolyte Wouters qui n'est pas avocat pour rien : ses répliques ont souvent un petit air de plaidoirie. La mise en scène et le décor de Christian Ferauge jouent la transparence avec costumes et accessoires d'époque. Avec ses considérations en forme d'aphorismes sur l'art, l'amour et le pouvoir, le spectacle dégage le charme suranné d'une friandise venue d'un âge révolu.

Ittre, Théâtre de La Valette, jusqu'au 16 novembre (du jeudi au samedi à 20h15, le dimanche à 18 h). Durée : 1h05. De 11 à 16 €. Tél. 067.64.81.11. Web : www.lavalette.be