Sombre "Dom Juan" de Philippe Torreton

Pour sa première mise en scène, l'ex-sociétaire de la Comédie-Française, s'est risqué à une pièce presque intouchable (Cf LLB du 16/10). Ce n'est pourtant pas faute de connaître profondément l'œuvre du dramaturge, Philippe Torreton a lui-même interprété un Scapin mémorable en 1998 dans cette même "Maison de Molière" qui lui a valu une nomination pour le Molière du meilleur comédien.

Camille Perotti

Pour sa première mise en scène, l'ex-sociétaire de la Comédie-Française, s'est risqué à une pièce presque intouchable (Cf LLB du 16/10). Ce n'est pourtant pas faute de connaître profondément l'œuvre du dramaturge, Philippe Torreton a lui-même interprété un Scapin mémorable en 1998 dans cette même "Maison de Molière" qui lui a valu une nomination pour le Molière du meilleur comédien.

Sur scène, c'est le Dom Juan qu'il souhaitait mettre au jour qu'incarne Philippe Torreton : un bourreau des cœurs pathétique, désinvolte et ridicule avec ses nombreux artifices - perruque grossière, costume de couleurs vives, fards... La prose irrévérencieuse sied bien à ce séducteur invétéré qui, ici, joue cavalier seul car son Sganarelle semble effacé. Le talent burlesque de Jean-Paul Farré trop retenu, le duo de choc est finalement peu comique tant le metteur en scène a choisi de mettre l'accent sur le désespoir du valet par rapport à l'attitude de son maître. Quant à Elvire, son ton théâtreux masque son âme dévastée et la fameuse réplique "et si le Ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée" ne prend pas l'ampleur de la menace (presque une malédiction).

Pourtant, peu à peu, Dom Juan se dépouille de ses nombreux atours, figurant la montée de l'angoisse et du doute tout comme le décor, qui s'allège. Alors que le plan incliné en bois crée de belles perspectives et une intéressante occupation de l'espace, les éléments de décor semblent vains pour figurer la forêt où Dom Juan fuit (Acte III) et sa demeure (Acte IV) même s'il est propice aux conquêtes ancillaires (Acte II) et à la terrible déstabilisation de l'Acte V. La Statue du Commandeur - souvent une gageure pour les metteurs en scène - est ici représentée avec astuce et intelligence avec un fracas de sons et lumières, effrayants, impressionnants, spectaculaires pour dégager, enfin, un peu de rythme et de tension.

En tournée en France jusqu'au 7 décembre.