A la recherche d’une identité

Mais qui est François Maillot ? Cette question que l’on se pose pendant le spectacle et qui continue à semer le doute, après, est au cœur de la pièce de René Bizac.

Camille Perotti

Mais qui est François Maillot ? Cette question que l’on se pose pendant le spectacle et qui continue à semer le doute, après, est au cœur de la pièce de René Bizac.

D’une écriture elliptique, à la fois riche de sens et d’une grande puissance d’évocation, le dramaturge évoque le thème de l’identité avec justesse et poésie. Inspirée d’un fait divers, "François Mailliot"invite le spectateur à une intrusion dans l’esprit de cet homme qui usurpe l’identité d’un autre.

Tout commence quand François Mailliot, divorcé, père de deux enfants, directeur de district chez General Motors, est interpellé sur son lieu de travail. Méprise administrative ou véritable imposture: on le soumet à la justice, accusé d’être Ali Ben Hami, Marocain en situation irrégulière.

Comme des instants de vie, des fragments d’une existence, François Mailliot, interprété par Benoît Verhaert, fascinant, livre différents moments charnières, parfois chaotiques. La mise en scène d’Emmanuelle Mathieu met en exergue l’exploration des formes narratives de l’écriture de René Bizac, le protagoniste se livrant à des monologues intérieurs, des évocations de souvenirs, des lectures de lettres, des chants ou bien des dialogues avec les autres personnages, juge, frère, ami, femme, incarnés par Philippe Vauchel, Saïd Bahaïd et Agnès Guignard. Une multiplicité formelle et psychologique - la double identité - traduite par un cercle au sol. Un tourbillon, symbole de l’errance, cercle infernal où sont entraînés les personnages en proie au doute sur cette scène presque nue.

Echanges

"L’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes) répète François Mailliot. Au-delà de l’histoire de cet homme, le concept de l’identité est interrogé. Que signifie "être de quelque part", "ça ressemble à quoi un François Mailliot ?"

Ces questions, l’équipe artistique ne se les pose pas seulement à elle-même mais part à la rencontre du public à qui est destinée la pièce.

C’est pourquoi, après Bruxelles, des représentations ont lieu en Wallonie, d’une ville à l’autre, pour que la parole entendue ne soit pas seulement celle du spectacle mais aussi celle des spectacteurs et, en particulier, la voix de ceux qui mêlent les cultures pour se construire une identité.


Charleroi, l’Eden, jusqu’au 7 novembre. Tél. 071.20.29.99. Puis en tournée en Wallonie. Infos Audience Production. Tél. 02.640.14.50 Web www.audienceproduction.be