Une vie longue à ramasser

Un corps, un peu lourd, un peu raide, un peu fatigué. Une voix, pas si vieille, mais typée. Des mots, ceux de la mémoire et du quotidien. "J’ai travaillé, je ne vois pas ce que j’ai fait de plus."

Marie Baudet
Une vie longue à ramasser
©D.R.

Un corps, un peu lourd, un peu raide, un peu fatigué. Une voix, pas si vieille, mais typée. Des mots, ceux de la mémoire et du quotidien. "J’ai travaillé, je ne vois pas ce que j’ai fait de plus." Bientôt d’autres présences : les infirmiers qui viennent avec douceur déplacer ce corps-là, des mains qui se posent, des regards qui enveloppent ou s’évadent, un chant qui monte, fragile et gracieux.

Le projet qu’a mené Candy Saulnier - interprète, notamment pour la Cie Mossoux-Bonté, Ingrid von Wantoch Rekowski ou encore Jean-Marie Villégier, et ici pour la deuxième fois metteur en scène - jusqu’à sa création à l’Océan Nord conjugue le passé du témoignage à l’intemporalité du conte, et faufile le tout d’airs traditionnels. On est pourtant loin du chromo dans "La Vie au bord du puits". Basé sur le récit de la vie d’une femme, jadis agricultrice, Bretonne - ses récits ont été enregistrés en 2006-2007, elle avait alors 82 ans -, le spectacle y insère, sous forme de rêves récurrents, des bribes d’un conte populaire, "La Fille aux bras coupés", tandis que la tradition chantée de Haute-Bretagne intervient comme un contrepoint, une respiration, tantôt parenthèse tantôt lien.

C’est un personnage, Adèle, et non plus sa grand-mère, que Candy Saulnier met en scène, sous les traits de Marie-Rose Meysman. Une existence se dessine, sans guère de points communs avec la nôtre, aujourd’hui, sinon ces jalons éternels, l’éducation, l’amour, le travail, la mort bien sûr. Et le trouble, et les secrets, tapis, qui jaillissent au gré d’un souvenir, d’un petit pas de danse, d’une chanson.

Simplissime avec ses troncs nus et ses lignes de fuite, la scénographie de Satu Peltoniemi - sous les lumières ciselées de Julie Petit-Etienne - est l’écrin de cette vie pleine d’habitudes et de dangers, dans une pièce qui effleure aussi, toujours avec justesse et finesse, la proximité de la fin.


Bruxelles, Théâtre Océan Nord, jusqu’au 15novembre à 20 h 30 (le 10/11 à 15 h, le mercredi à 19 h 30). Durée : 1 h 20. De 5 à 10 €. Journée-rencontre sur "la transmission dans nos cultures aujourd’hui", samedi 8novembre dès 14 h. Entrée libre (sauf représentation). Tél. 02.216.75.55, Web www.oceannord.org