Des camps de réfugiés à la musique

Ce sera un des grands moments du festival Masarat sur la Palestine. Le 2décembre, dans la grande salle du Palais des Beaux-Arts, sera présenté "Al Kamandjati" ("le violoniste"), un spectacle mêlant la musique, le texte (en hébreu surtitré) et les vidéos sur la vie du violoniste palestinien Ramzi Aburedwan et son grand-père chassé en 1948 de son village en Palestine.

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Des camps de réfugiés à la musique
©D.R.

Ce sera un des grands moments du festival Masarat sur la Palestine. Le 2décembre, dans la grande salle du Palais des Beaux-Arts, sera présenté "Al Kamandjati" ("le violoniste"), un spectacle mêlant la musique, le texte (en hébreu surtitré) et les vidéos sur la vie du violoniste palestinien Ramzi Aburedwan et son grand-père chassé en 1948 de son village en Palestine. La journaliste israélienne Amira Hass, émue par leur histoire, y dépeint le sort du peuple palestinien à travers leurs histoires personnelles. Et le documentariste israélo-néerlandais Benny Brunner a filmé les check-points.

Ramzi, alors âgé de huit ans, "fait" la première intifada en jetant des pierres vers les militaires israéliens. Aujourd’hui, il est altiste du West-Eastern Divan Orchestra dirigé par Daniel Barenboim. Au sein de cet orchestre, on retrouve des musiciens aussi bien israéliens que palestiniens. Un exemple souvent cité, où la culture peut être un pas vers la paix. En 2002, Ramzi a fondé dans les territoires palestiniens les écoles de musique "Al Kamandjati". A l’occasion de ce spectacle, "Music Fund" organise une collecte d’instruments de musique pour Al Kamandjati. Ce jour-là, entre 14 et 20 h, des instruments en parfait état peuvent être déposés au Bozar.

Un espoir aux enfants

Nous avions déjà rencontré Ramzi, à Ramallah, dans la vieille ville, près de la mosquée. Une ancienne maison y a été restaurée par l’association Riwaq du patrimoine palestinien et on y a ajouté une structure contemporaine en métal. Là, réside l’association Al Kamanjati. Sur le toit, et ensuite, fin octobre lors d’une visite à Bruxelles, il nous a expliqué son étonnant parcours.

Il a passé toute son enfance dans un camp de réfugiés. "Je rêvais de jouer de l’ud, mais je ne pensais pas pouvoir en faire un jour. A 16 ans, j’ai été invité dans un atelier de Ramallah où j’ai découvert l’alto. J’en ai joué et je n’ai jamais plus arrêté." Il a eu ensuite la chance de pouvoir étudier en France à Angers, à l’Académie de musique, pendant 8 ans. C’est pourquoi, il parle parfaitement le français. "La musique fut mon passeport vers la découverte d’autres mondes." Son rêve a pris forme: créer des écoles de musique pour les enfants palestiniens des camps de Cisjordanie, de Gaza et du sud-Liban. "J’ai vu à Angers comment on pouvait enseigner la musique aux enfants et j’ai constaté comment la musique pouvait être pour moi, une occasion unique de m’exprimer. Car c’est le gros problème des camps: l’impossibilité de s’exprimer. Les enfants y sont fragiles, pris sans défenses, dans le grand courant d’air de l’occupation et de la violence. Je ne voulais pas que ces jeunes vivent ce que j’avais vécu moi-même. C’est magnifique de les voir maintenant, avec un objectif de vie, dessiner des instruments de musique, apprendre à en jouer. Ils se socialisent aussi en apprenant par exemple la notion du temps. Lors des premiers cours, ils venaient n’importe quand, mais maintenant ils viennent bien à l’heure pour nos cours donnés de manière très professionnelle." Ramzi a ouvert six écoles (trois autour de Ramallah et trois dans des camps au sud-Liban). Ses professeurs enseignent à 400 élèves de 6 à 14 ans qui ne connaissaient jusque-là que l’enfer des camps de réfugiés. "Al Kamandjati" a reçu plus de deux tonnes d’instruments de musique grâce à "Music fund" l’organisation belge menée par Lukas Pairon.

La haine?

Ramzi ressent-il de la haine à l’égard de l’occupant israélien? "Non, même si j’ai perdu plusieurs personnes de ma famille dans le conflit. La musique m’aide à m’exprimer. Mais je veux qu’Israël me rende mon chez moi, qu’il laisse nos enfants vivre comme tous les enfants du monde, qu’il enlève les barrages qui empêchent nos concerts. Dans les festivals que j’organise, les musiciens du monde entier peuvent venir, sauf moi, qui n’y suis pas autorisé par Israël."

Al Kamandjati avec Ramzi Aburedwan, le 2décembre à 20 h au Bozar, tél.: 02507 82 00


Al Kamandjati avec Ramzi Aburedwan, le 2décembre à 20 h au Bozar, tél.: 02507 82 00