Un certain tango de Buenos Aires

Acte 1, scène 1. Nous sommes dans un café des faubourgs de Buenos Aires, au début du XX e siècle. Les consommateurs sont attablés. La mise en scène en a fait des figurants immobiles - jolie trouvaille. De même que celle des musiciens s’affairant derrière le bar pendant qu’un couple danse le tango.

marie-anne georges
Un certain tango de Buenos Aires
©D.R.

à porto

Acte 1, scène 1. Nous sommes dans un café des faubourgs de Buenos Aires, au début du XX e siècle. Les consommateurs sont attablés. La mise en scène en a fait des figurants immobiles - jolie trouvaille. De même que celle des musiciens s’affairant derrière le bar pendant qu’un couple danse le tango. Dans cette ville-là, à cette époque-là et dans ce troquet-là, les mœurs sont légères, les sentiments exacerbés. La boisson aidant, les jalousies et conflits en découlant virent vite à la bagarre, chorégraphiée au ralenti. Telle est l’entrée en matière du spectacle Otango, conçu et dirigé par Olivier Tilkin et Sabrina Gentile Patti.

Belge, originaire de La Louvière, Olivier Tilkin a la passion du tango vissée au corps. Le spectacle, créé en 2004 sur fonds propres et aidé depuis cette année par la Loterie nationale, a connu de nombreuses versions d’où ce clin d’œil adressé aux artistes qui se sont adaptés aux divers aménagements du spectacle en le sous-titrant "the ultimate tango show".

Musicien de formation, Olivier Tilkin avait reçu, en 2004, une commande du festival de Saint-Amand-les-Eaux pour faire un spectacle autour de l’eau. Finalement, il ne restera de l’eau que le o de "Otango" et un spectacle sur cette fameuse danse argentine. Une résidence à Buenos Aires plus tard, Olivier Tilkin se rend compte que le tango, bien plus qu’une danse, est un art de vivre. Il se plonge dans la lecture de textes d’Horacio Ferrer, dans l’écoute des musiques d’Astor Piazzolla et dans la contemplation des images que cette danse lui inspire. Il construit alors ce spectacle avec le souhait de retracer l’histoire du tango. En deux actes et cinq tableaux. Avec un personnage principal, le fou, qui a perdu son amour et se plonge dans son passé. Ça, c’est pour le fil conducteur. Car derrière, il a voulu transposer et transformer l’histoire du couple mythique formé par Don José et Carmen. Que se passerait-il pour Don José si Carmen venait à disparaître? Tout commence donc à Buenos Aires en 1909. Cela se poursuit à Paris en 1929. Place ensuite à une milonga (bal) qui prend place, elle, en 1949. Le premier acte se termine alors - le plus beau et le plus compréhensible -, celui de la recherche de l’amour perdu.

La deuxième partie, "Souvenirs d’un fou", plus alambiquée - comme pour les opéras, un petit livret aurait été bienvenu -, est agréable à regarder mais apparaît davantage comme une performance, ce dont Olivier Tilkin se défend. C’est que le spectacle est riche, à la fois représentation théâtrale, chorégraphie et comédie musicale. Ce ne doit pas être évident de diriger un tel projet à tous ces niveaux. Soulignons l’enthousiasme des artistes - dont de nombreux Argentins recrutés sur place - qui se donnent corps et âme. Mention toute spéciale aux musiciens.

Entamé début octobre à Porto, le spectacle "Otango" va tourner dans toute l’Europe, jusque fin décembre, et sans doute au-delà si affinités. Il passe par la Belgique du 11novembre au 1erdécembre (*).

(*) 11/11, Capitole de Gand; 13/11, Palais des Beaux-Arts de Charleroi; 14/11, Théâtre Royal de Mons; 15/11, Théâtre Royal de Namur; 16/11, Grenslandhallen de Hasselt; 18 et 19/11, Cirque Royal de Bruxelles; 20/11, Grand Théâtre de Verviers; 21/11, Forum de Liège; 22/11, Kursaal dOstende; 01/12, Stadsschouwburg d’Anvers.