Reza : entre l’art et le carnage

Passé le temps de suivre Nicolas Sarkozy en campagne présidentielle et d’en écrire le récit en 2007 dans "L’Aube le soir ou la nuit" (que Flammarion a tiré à 100 000 exemplaires !), Yasmina Reza est bien vite revenue à son terrain d’élection, le théâtre.

Philip Tirard

Passé le temps de suivre Nicolas Sarkozy en campagne présidentielle et d’en écrire le récit en 2007 dans "L’Aube le soir ou la nuit" (que Flammarion a tiré à 100 000 exemplaires !), Yasmina Reza est bien vite revenue à son terrain d’élection, le théâtre. Début 2008 avait lieu au Théâtre Antoine à Paris, la création de "Le Dieu du carnage", dans une mise en scène (la première) de l’auteur, avec Isabelle Huppert en tête d’une distribution en béton.

Voici le "pitch". Véronique et Michel Houillé, parents du petit Bruno, reçoivent Annette et Alain Reille, parents de Ferdinand qui a frappé au visage leur fils dans un square. Les deux couples ont décidé de cette entrevue pour régler "l’affaire" avec civisme. Au tout début, bienveillants et conciliants, ils tentent de tenir un discours commun de tolérance qui va s’envenimer peu à peu.

Cet argument à la fois léger et anthropologique a convaincu Michel Kacenelenbogen de mettre en scène la pièce au Public (en coproduction avec le Théâtre de Namur), avec Véronique Biefnot, Damien Gillard, Valérie Lemaître et Olivier Massart. A découvrir dès ce 12novembre (1).

"Art", le retour

Cette thématique est à la dramaturge à succès française. Dans la plupart de ses pièces, elle débusque nos instincts meurtriers sous le fin vernis de la culture et des bonnes manières. C’est bien sûr le cas dans "Art", son texte le plus connu, créé en 1994 et qui a fait le tour du monde en raflant force prix et distinctions.

Adrian Brine avait mis en scène à Bruxelles voici dix ans cette histoire à la fois drôle et terrible d’un trio d’amis qui se disputent parce que l’un d’eux a acquis à prix d’or un tableau monochrome blanc. L’argent, l’amitié, la création artistique : la pièce fait mouche sur tous les tableaux.

Le metteur en scène britannique retrouve la distribution d’alors - Bernard Cogniaux, Pierre Dherte et Alain Leempoel - pour cette nouvelle réalisation (2). "Nous sommes repartis de zéro, nous confiait Brine pendant les répétitions, en essayant de ne pas trop penser à ce que nous avions fait en 1998. Du reste, nous avons tous mûri, l’équilibre des enjeux a changé : une amitié qui casse à 35 ou à 45 ans, ce n’est pas la même chose. On redécouvre la pièce et elle prend des contours plus touchants mais pas moins comiques."

Le spectacle se donne au Théâtre du Vaudeville, dans une scénographie nouvelle du sculpteur Philippe Doutrelepont. Elle s’accompagne d’une expo sur le thème du blanc (notamment des chocolats de Marcolini, un sac Delvaux, une baignoire Aquamass, une parure La Perla, etc.), tandis que le chef du café Le Vaudeville, Pascal Van Hamme, proposera une carte blanche. Bon appétit.


Bruxelles Théâtre Le Public, Grande Salle, du 12 novembre au 10 janvier. Tél. 0800.944.44. Web : www.theatrelepublic.be Théâtre du Vaudeville, à partir du 14 novembre. Représentations les lundis et mardis à 20 h, les vendredis et samedis à 20 h 30. Rés. 070.660.202 ou www.ticketnet.be