Lucrèce en chambre

Opéra de chambre, "The Rape of Lucretia" l'est dans tous les sens du terme. Par la forme, bien sûr, traduite dans l'économie des moyens : un orchestre de quinze musiciens seulement, huit chanteurs solistes et pas de chœur - à tout le moins au sens où on l'entend d'habitude.

Nicolas Blanmont
Lucrèce en chambre
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Opéra de chambre, "The Rape of Lucretia" l'est dans tous les sens du terme. Par la forme, bien sûr, traduite dans l'économie des moyens : un orchestre de quinze musiciens seulement, huit chanteurs solistes et pas de chœur - à tout le moins au sens où on l'entend d'habitude. Mais par le fond aussi, puisque le lieu central de l'action, c'est la chambre de Lucrèce, vertueuse et fidèle épouse de Collatinus, dont le brevet de pureté questionne à ce point le prince Tarquinius qu'il viendra l'y violer. Créée en 1946 au Festival de Glyndebourne - avec Kathleen Ferrier dans le rôle titre, un des deux seuls rôles, avec l'Orphée de Gluck, qu'elle chanta sur une scène d'opéra -, ce "Viol de Lucrèce" est peu souvent donné, bien moins en tout cas que cet autre chef-d'œuvre de l'opéra de chambre que fut "The Turn of the Screw". Ici aussi pourtant, la concision est gage d'efficacité dramatique et, dans la production de Carlos Wagner donnée par le Vlaamse Opera (et initialement créée pour l'Operastudio Vlaaanderen), la qualité de la direction d'acteurs vient encore accroître cette intensité. Habilement conçus et intelligemment éclairés par Peter Van Praet, les décors intemporels de Conor Murphy - qui signe également les costumes - contribuent, eux aussi, à souligner l'universalité du propos : la vertu individuelle, bien sûr, mais aussi son lien avec la foi chrétienne, soulignée ici par ce final où le corps sans vie de Lucrèce est appuyé, comme crucifié, sur son métier à tisser.

On sait gré à Marc Clémeur, dont c'est l'avant-dernier spectacle - "Falstaff" suivra en décembre - de poursuivre son travail de promotion de chanteurs belges, jeunes et moins jeunes : Yves Salens et Anja Van Engeland sont le chœur masculin et le chœur féminin, personnages allégoriques mais essentiels, Lien Haegeman et Liesbeth Devos sont Bianca et Lucia, les deux suivantes de Lucrèce, tandis que Tijl Faveyts incarne Collatinus. Tous les cinq sont excellents, tout comme Ivan Ludlow (Junius), Thomas Oliemans (Tarquinius) et Sarah Fulgoni, Lucretia brûlante même si l'aigu passe mieux la rampe que le grave. C'est aussi que l'Orchestre du Vlaamse Opera, même en formation réduite, sonne avec une remarquable présence sous la baguette experte d'Elgar Howarth.

Anvers, Vlaamse Opera, les 14, 16 et 18 novembre; Gand, Vlaamse Opera, les 23, 26, 28 et 30 novembre; 070.22.02.02, Web www.vlaamseopera.be. Diffusion sur Klara le 22 novembre à 20h.

© La Libre Belgique 2008