Juste affalés sur des sofas

Dans son nouveau spectacle créé jeudi soir à Anvers et qui sera dans quelques jours à Mons pour le festival Via, puis dans le festival "in" d’Avignon cet été, Jan Fabre regarde le monde d’aujourd’hui. Celui-ci ne tourne plus rond. Les coffres des banques sont vides, Les idéaux sont morts. La peur de l’Autre règne.

Juste affalés sur des sofas
©D.R.
Guy Duplat

Dans son nouveau spectacle créé jeudi soir à Anvers et qui sera dans quelques jours à Mons pour le festival Via, puis dans le festival "in" d’Avignon cet été, Jan Fabre regarde le monde d’aujourd’hui. Celui-ci ne tourne plus rond. Les coffres des banques sont vides, Les idéaux sont morts. La peur de l’Autre règne. Comme l’annonçait Marcuse, l’homme n’est plus qu’un consommateur autiste et amorphe. Son idéal est de rester sur son canapé Ikea à regarder la télé. Plus de combat, plus de passions.

"Orgy of Tolerance" commence en force, dans une scène comme Fabre les aime, pour réveiller les spectateurs. Quatre danseurs en sous-vêtements blancs, participent à un concours de masturbation effrénée sous le regard de quatre mentors armés, comme une parodie de jeux télévisés débiles. La masturbation reviendra souvent (trop souvent), comme le symbole de ce repliement sur soi, de cette autojouissance qui ferme les yeux aux autres, dans un individualisme forcené. Fabre veut aussi montrer qu’à force de tout accepter (c’est cela "L’orgie de tolérance"), y compris ses spectacles, on perdrait l’envie de changer le monde.

Dans "Orgy", on retrouve, tout au long, les danseurs habillés comme des guérilleros cubains des années 60 mais qui sont devenus des tortionnaires en chambre, des racistes à la petite semaine, des sexistes qui dans un club huppé ont des filles kleenex à leur disposition. Les scènes significatives s’enchaînent, parfois trop longues et répétitives, mais souvent aussi, mémorables. Comme cette séance de stretching où il s’agit de détendre les billets de banque ! Ou quand trois danseuses, enceintes jusqu’aux dents, sont juchées sur des caddies de grands magasins et accouchent à grands cris plus vrais que nature de produits de grande consommation. L’image est directe, mais diablement efficace. Comme lorsque les danseurs poussant leurs caddies entament avec eux, une valse de Strauss. Les pions essentiels du décor sont des grands divans chesterfield sur lesquels les acteurs se recroquevillent. Même une parodie d’Abou Graïb ne suscite pas d’émoi chez eux. Même un danseur transformé en Christ et portant sa croix n’est vu que comme un chouette "pop star model" et jamais comme Jésus.

Dans une scène, les 9 danseurs-acteurs font face au public et l’invectivent comme ils s’en prennent à toute la société, y compris Jan Fabre. "Allez tous vous faire foutre", disent-ils, exprimant tout haut, ce poujadisme et cette démission générale que Fabre entend dénoncer.

"Orgy" montre un Fabre plus narratif, avec plus d’humour, jouant très bien avec les musiques excellentes de Dag Taeldeman, un Fabre devenu aussi plus moralisateur. Dommage que la danse soit trop peu présente, danse qui surgit, forte et spectaculaire, à la fin seulement du spectacle, dans une énergie enthousiasmante.

"Orgy of tolerance", de Jan Fabre, à Troubleyn, à Anvers, jusqu’au 21 février, Créé au Chili et aux Etats-Unis, le spectacle est déjà prévu pour 74 représentations, y compris au Japon, dont Avignon du 9 au 15 juillet et avant cela, à Mons, au Manège les 12 et 13 mars.