Le créateur, les créatures, les moutons et les mouches

Ne pas comparer ! La compagnie, qui a connu un succès considérable avec "J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie", implore de tous un regard distinct sur sa nouvelle création. La Clinic Orgasm Society n’en reste pas moins attendue au tournant.

Le créateur, les créatures, les moutons et les mouches
©D.R.
Marie Baudet

Ne pas comparer ! La compagnie, qui a connu un succès considérable avec "J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie", implore de tous un regard distinct sur sa nouvelle création. La Clinic Orgasm Society n’en reste pas moins attendue au tournant. Et "DTC", sans guère offrir, d’ailleurs, de point de comparaison, ne déçoit pas. Mais surprend, bien sûr. Tant la surprise scénique semble être un credo de Ludovic Barth et Mathylde Demarez, concepteurs et directeurs artistiques, rejoints ici, pour l’écriture et l’interprétation, par Blaise Ludik et Mélanie Zucconi.

C’est pourquoi on évitera soigneusement de révéler les ficelles de ce "spectacle en gestation", ainsi surnommé car il s’inspire de la Genèse. Il y a un créateur (Blaise Ludik), des créatures - sortes d’Adam et Eve du futur (ou plutôt hors du temps bien qu’assurément issus de la postmodernité) -, des moutons et des mouches dans ce jardin stylisé où l’on se nourrit essentiellement de tartes. Et où il s’agit de se multiplier.

Or Ludovic Barth, créature première, ne peut oublier Mélanie Zucconi, la femme ratée, celle dont les jambes refusaient de la porter, et que pourtant il aimait, mais que le créateur a éliminée. Mélanie Zucconi n’est plus. Voici Mathylde Demarez. Alors : ces deux-là peupleront-ils la terre, conformément à leur destin ? Voire, la terre vaut-elle d’être peuplée ? Peut-on survivre à l’amour perdu ? Que signifie le couple ? Faut-il combattre ou cultiver la solitude ? Et que se passerait-il si tout à coup Dieu était victime d’un malaise ?

En marge de cette trame, les quatre acteurs, durant de brefs intermèdes, manipulent à vue des éléments de décor qui peu à peu habitent le grand plateau du Manège (trois plasticiens, Marta Mo, Anne Mortiaux et Yoris Vandenhoute, ont collaboré à l’élaboration du dispositif). La chute en révélera le pourquoi, pas plus avare de questions, d’ailleurs.

Signé Aurélien Chouzenoux, le décor sonore, également singulier, joue avec le play back sur voix synthétiques, qui aussi s’humanisent. Tandis que la chorégraphe Karin Vyncke a collaboré au mouvement.

Adepte de la construction par improvisations, partant de "ce qui sépare l’intellect de l’organique", la Clinic Orgasm Society cherche "le lieu où la raison n’a plus prise, où l’imagination touche une limite", et refuse toute solennité au profit de l’ambiguïté. Dont acte !

Mons, le Manège, jusqu’au 21 mars. Dans le cadre du festival Via. Durée : 1 h 10 env. Tél. 065.39.59.39, Web www.lemanege.com

Tournai, Maison de la culture, du 24 au 26 mars. Tél. 069.25.30.80.

Bruxelles, Théâtre Varia, du 4 au 7 février 2010 (dans le cadre du Vrak Festival) et du 10 au 13 février. Web www.llasbl.be; www.varia.be

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