"Idomeneo", ballet de ferrailles

Autant "Götterdämmerung" bénéficie de l’approche dépouillée de ses maîtres d’œuvre, autant "Idomeneo, re di Creta", de Mozart pâtit des boursouflures - intellectuelles et matérielles - du concept d’Olivier Py.

MDM

Autant "Götterdämmerung" bénéficie de l’approche dépouillée de ses maîtres d’œuvre, autant "Idomeneo, re di Creta", de Mozart pâtit des boursouflures - intellectuelles et matérielles - du concept d’Olivier Py.

A lire les commentaires du Français - metteur en scène, écrivain, cinéaste et comédien, porté par la faveur des plus grandes maisons d’Europe - on ne peut douter de la profondeur de son point de vue ; le rapport entre le sacrifice d’Idamante par Idomeneo et celui d’Isaac par Abraham, l’émancipation de l’ordre de la violence, l’accession à l’ordre symbolique, tout cela est clairement identifié. Il n’empêche : à l’arrivée, la production est irrecevable, et dès l’ouverture.

Dénoncer les humiliations subies par des réfugiés africains pour actualiser la haine opposant les Grecs et les Troyens, c’est détourner le livret et tenir le public pour inculte (à moins qu’il faille y voir la suite du feuilleton "Zaïde", entrepris l’an dernier). Cette scène restera d’ailleurs sans suite, n’était que c’est là qu’on découvre qu’Ilia (Sophie Karthäuser), prisonnière des Grecs et amante du prince Idamante, est noire, façon d’accentuer sa différence et sa fierté.

Le premier tableau présente une ville miniaturisée et surélevée assez réussie. Pas facile pour les chanteurs de circuler dans ce dédale en altitude, mais l’ensemble se tient. Croit-on. Car, dans les faits, ce décor sera le premier acteur de l’opéra, immense Lego en aluminium traversé d’escaliers et de parois mobiles, et surmonté à l’occasion de chevaux grandeur nature, qu’une dizaine de valeureux machinistes chorégraphes déboîteront et remboîteront de mille façons, à une cadence de plus en plus frénétique, jusqu’au ballet final - voulu par Marc Minkowski qui en aime la chaconne - rappel express de toute la mise en scène, y compris la mort grand-guignolesque d’Elettra, le pire

Et comme si toute cette agitation ne suffisait pas, Pierre André Weitz, signataire du visuel, propose comme rideau de scène un puzzle de miroirs, recouvert, à l’occasion, d’un voile réfléchissant. Saoulant. Musique accessoire, Marc Minkowski - que le public peut suivre, démultiplié, dans le jeu des miroirs - se retrouve-t-il dans cette affaire ? Pas sûr à en juger par la distance, voire la mollesse de sa direction, à la tête des Musiciens du Louvre (les accrocs des cuivres seront imputés au plein air). Quant aux chanteurs et aux chœurs (Radio de Berlin, encore), ils s’en sortent, sans plus : parmi les quatre ténors, Richard Croft (rôle-titre), épargné par la mise en scène, se défend avec vaillance et style alors que Yann Beuron (Idamante) n’a guère que son élégance musicale à faire valoir ; le jeune Xavier Mas (Arbace) se profile comme un talent à suivre, Colin Balzer (le grand-prêtre) assure. L’incarnation de "La Voix" en Neptune d’opérette est insupportable mais, in fine, Luca Tittoto chante, c’est louable. Enfin, si Sophie Karthäuser parvient à être égale à elle-même - mais sans grand éclat -, Mireille Delunsch (Elettra), mise à toutes les sauces (dont l’hémoglobine), sombre, quant à elle, dans le pathétique.


Jusqu’au 17 juillet . Retransmission en direct sur Arte le 10 juillet à 21h30