Un "Rusalka" de tradition

Le festival de Glyndebourne a toujours eu à cœur de mettre à l’affiche des œuvres plus rares et, de Janacek à Smetana, la musique tchèque y a eu particulièrement sa place, ces dernières années. Il était donc logique d’y donner un opéra de Dvorak : "Rusalka", son chef-d’œuvre de 1901 qui jouit d’ailleurs d’un véritable renouveau ces derniers mois, fait donc son entrée au répertoire, cet été.

Nicolas Blanmont

Le festival de Glyndebourne a toujours eu à cœur de mettre à l’affiche des œuvres plus rares et, de Janacek à Smetana, la musique tchèque y a eu particulièrement sa place, ces dernières années. Il était donc logique d’y donner un opéra de Dvorak : "Rusalka", son chef-d’œuvre de 1901 qui jouit d’ailleurs d’un véritable renouveau ces derniers mois, fait donc son entrée au répertoire, cet été.

Mais si les récentes productions vues à Salzbourg ou à la Monnaie avaient pris l’option de la transposition, en d’autres temps et lieux, de l’histoire de cette Ondine quittant par amour le monde des esprits des eaux, mais vite rejetée par le Prince humain dont elle s’était éprise (l’analogie avait été faite, chaque fois, avec une sortie du monde de la prostitution), la nouvelle production du célèbre festival anglais joue, elle, la carte de la fidélité et du premier degré. Pour ses débuts à l’opéra, Melly Still, auréolée de succès dans plusieurs grands spectacles pour enfants, signe une mise en scène naturaliste qui respecte scrupuleusement les codes du conte, mais qui, du coup, frise plus d’une fois le kitsch. Entre les ondines descendant des cintres avec des queues de poisson de plusieurs mètres et les nymphes s’essayant à une danse satanique en devant se tenir la poitrine pour l’empêcher de valser en tous sens, les spectateurs doivent parfois réfréner des débuts de fou rire. Et si l’intervention de Jezibaba, donnant forme humaine à Rusalka pour l’envoyer dans le monde des humains, a sans nul doute une dimension castratrice, il n’était sans doute pas nécessaire d’insister à ce point sur l’ablation de la queue de l’ondine. C’est dommage, car Still montre dans le deuxième acte (celui à la Cour du Prince) qu’elle sait aussi suggérer des sentiments (l’isolement de Rusalka parmi les invités à son mariage) sans aligner les poncifs, mais on se dit que le risque était sans doute trop grand de confier à une novice un opéra dont la facilité n’est qu’apparente.

Heureusement, on se console avec la réalisation musicale, une fois encore exemplaire. Dans la fosse, c’est Jiri Belohlavek qui dirige le London Philharmonic : le chef tchèque, qui avait notamment signé à Glyndebourne une mémorable lecture de "Tristan et Isolde", excelle à restituer toute la richesse de la partition orchestrale de Dvorak, mais aussi à en souligner juste ce qu’il faut les filiations wagnériennes. Sur scène, la distribution est en tous points remarquables, qu’il s’agisse de la Rusalka d’Ana Maria Martinez (un rôle redoutable qui exige des aigus rayonnants, mais aussi un registre grave puissant), du Prince de Brandon Jovanovich (entendu déjà chez nous à l’Opéra flamand), du Vodnik de Mischa Schelomianski, de la Jezibaba de Larissa Diadkova ou de l’extraordinaire Princesse étrangère de Tatiana Pavlovskaïa. Et après Marie-Nicole Lemieux en Mistress Quickly de "Falstaff", c’est une autre ancienne du Concours Reine Elisabeth que l’on retrouve dans le rôle du marmiton : Diana Axentii.


Glyndebourne, jusqu’au 28 août; www.glyndebourne.com