Harpagon bientôt dans les ruines

Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène, comédien et scénographe français Gildas Bourdet (1947) exerce son art en Belgique. Il a déjà fait chez nous "Les Uns chez les autres" d’Alan Ayckbourn et "Le Visiteur" d’Eric-Emmanuel Schmitt, avec Alexandre von Sivers, Benoît Verhaert et Gérald Wauthia - ces deux derniers sont d’ailleurs dans la distribution de "L’Avare".

Philip Tirard
Harpagon bientôt dans les ruines
©PHOTO DEL DIFFUSION

Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène, comédien et scénographe français Gildas Bourdet (1947) exerce son art en Belgique. Il a déjà fait chez nous "Les Uns chez les autres" d’Alan Ayckbourn et "Le Visiteur" d’Eric-Emmanuel Schmitt, avec Alexandre von Sivers, Benoît Verhaert et Gérald Wauthia - ces deux derniers sont d’ailleurs dans la distribution de "L’Avare".

"J’ai aussi travaillé en France avec des comédiens belges comme Janine Godinas, Gilles Lagaye ou Christian Hecq. Cela s’est toujours bien passé. En Belgique, le métier n’est pas gangrené par le vedettariat comme chez nous " C’est qu’il n’a pas sa langue en poche, Gildas Bourdet. Cela lui a valu d’être, comme il dit, "débarqué du service public" en France en 2007, après trente ans de bons et loyaux services, en dépit - ou à cause ? - des fréquentations record de ses réalisations et des nombreux Molières qu’elles ont recueilli.

Venu au théâtre par la peinture, il a commencé par dessiner des décors et des costumes - ce qu’il aime toujours faire - avant de fonder le Théâtre de la Salamandre en 1967. Promu à la célébrité par un spectacle sur "La Vie de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière", il se vit confier la direction du Centre dramatique du Nord, puis du Théâtre national de Marseille-La Criée, enfin du Théâtre de l’Ouest Parisien. En colère mais pas amer, l’auteur du "Saperleau" a repris le métier de comédien, en parallèle avec une carrière de metteur en scène indépendant.

Cela nous vaut de retrouver cet artisan à la fois modeste et exigeant, plein de fantaisie et d’humanité, aux commandes d’un spectacle Molière cet été dans les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville. Son acteur principal, Pascal Racan, ayant dû déclarer forfait à cause de problèmes de dos, il a fait la connaissance de Michel Poncelet voici quelques semaines. A huit jours de la première, leur connivence paraissait parfaitement établie.

Comédien généreux maîtrisant une large palette de registres, Michel Poncelet connaît bien le site et les exigences du plein air. Il assuma le rôle titre dans le premier spectacle de Del Diffusion, "Barabbas" de Michel de Ghelderode, est souvent revenu à Villers et joue régulièrement dans les tournées d’été de la Compagnie des Galeries. C’est d’ailleurs lors de celle de 2003 qu’il interpréta Harpagon sous la direction de Bernard Lefrancq.

"J’aime jouer Molière, précise le comédien. Il me paraît toujours proche des spectateurs. J’ai participé à des pièces aussi différentes que "George Dandin", "Monsieur de Pourceaugnac" (tiens, là aussi en remplacement de Pascal Racan, c’est drôle ), "Psyché", "Les Précieuses ridicules" ou "L’Impromptu de Versailles". Je ne me lasse pas de sa langue magnifique et de son authentique drôlerie."

Pour sa part, le metteur en scène évoque la personnalité "borderline" de Harpagon, avaricieux maladif : "Je ne peux évidemment pas ignorer qu’Harpagon est le sujet d’une pathologie inquiétante et dévastatrice qui fait de lui un pater familias omnipotent et menaçant. Un pas plus loin et son état psychique justifierait son enfermement dans ce que l’on appelait à l’époque les "petites maisons", qui étaient les ancêtres de nos asiles psychiatriques."

Mais il tient évidemment à la dimension comique de la pièce. "Je vais tenter de respecter l’équilibre voulu par Molière entre la noirceur de cette pièce où les personnages semblent prêts à tout pour satisfaire leurs intérêts, ou dans le cas d’Harpagon leur obsession, et la part de farce burlesque qui joue comme un contrepoids. "L’Avare" est un chef-d’œuvre de notre théâtre comique et j’entends bien m’employer à faire rire."

Interrogé sur la difficulté de mettre en scène une pièce intimiste dans un site aussi grandiose, Gildas Bourdet répond : "La beauté même des ruines est un peu encombrante, il est vrai. Sur le plan théâtral, il faut faire les choses en plus grand tout en préservant les nuances. Mais j’ai réuni une distribution tout à fait capable d’y parvenir."

Si la première semaine de répétitions in situ s’est déroulée sous la canicule, la seconde slalome entre les averses. En cas de pluie persistante, l’équipe peut se réfugier à la Grande Aula de Louvain-la-Neuve. Le producteur Patrick de Longrée - qui assure aussi la scénographie du spectacle, les costumes étant dessinés par Gildas Bourdet et Corinne de Laveleye - ne doit pas craindre la désaffection du public : 14 000 places ont été réservées à ce jour.


Villers-la-Ville, du 15 juillet au 8 août. Tél. 070.224.304. www.lavare.be