Bons baisers de Cupidon

Après "Götterdämmerung" et "Idomeneo", " Orphée aux Enfers" d’Offenbach prend tout naturellement les allures d’un aimable divertissement. Pour cette œuvre réputée légère - dans les faits, complexe et exigeante - le Festival a fait appel à l’Académie européenne d’été qui, chaque année depuis onze ans, offre à de jeunes talents internationaux un vaste programme de formation, de sensibilisation et de transmission.

Martine D. Mergeay
Bons baisers de Cupidon
©D.R.

Après "Götterdämmerung" et "Idomeneo", " Orphée aux Enfers" d’Offenbach prend tout naturellement les allures d’un aimable divertissement. Pour cette œuvre réputée légère - dans les faits, complexe et exigeante - le Festival a fait appel à l’Académie européenne d’été qui, chaque année depuis onze ans, offre à de jeunes talents internationaux un vaste programme de formation, de sensibilisation et de transmission.

Une kyrielle de rôles très typés, de l’action, du théâtre, de la danse (french cancan !) et un sujet désopilant : tous les ingrédients sont ici réunis pour offrir une expérience favorable à un maximum de chanteurs.

Il faut évidemment rafraîchir la mémoire des jeunes générations sur un épisode-clef de la mythologie (ma petite voisine, onze ans environ, avait sur les genoux les "Métamorphoses" d’Ovide ) et replacer ledit épisode dans le contexte où l’opérette fut créée (1858, en plein Deuxième Empire) pour goûter tout le sel de l’intrigue et de son nouveau déplacement spatiotemporel, dans un hôtel parisien, au cœur des années 1930

Les textes de Crémieux et Halevy ont ainsi été remis au goût du jour (Marion Bernède), quelques passages, supprimés, quelques emprunts à l’édition de 1874, rajoutés, autant d’aménagements qui aboutissent ici à une version joyeuse et convaincante.

Dans l’hôtel parisien où se déroule l’affaire, Eurydice apparaît à l’étage des cuisines, campée sous les traits d’une petite bonne parisienne, délurée comme il se doit mais sans être une lumière pour autant, Orphée, son mari, est toujours un ennuyeux professeur de violon, et Aristée, son amant, (Pluton), un séduisant marchand de miel (sur patins à roulettes); l’Olympe se situera au bel étage, les Enfers, dans un réduit, au grenier (!), qui se transformera, pour la scène finale, en un café-théâtre aux numéros endiablés

Mis en scène par Yves Beaunesne - un ancien de l’INSAS, en Belgique - et habillés avec goût par Patrice Cauchetier, les interprètes, tous francophones, assument avec aplomb la partie théâtrale de leurs rôles, tandis qu’à la tête de la Camerata de Salzbourg, Alain Altinoglu - familier des plus grandes scènes internationales, premier chef invité de l’Orchestre national de Montpellier -, donne à la musique d’Offenbach sa juste dose de vivacité et, parfois, de suavité.

Il manque pourtant quelque chose d’essentiel à cette production : des voix. Il n’est pas précisé dans le programme si tous les chanteurs appartiennent à l’Académie d’été. Probablement pas. Et c’est là qu’on s’interroge - même si, au niveau d’une académie aussi prestigieuse, on pourrait, de toute façon, s’attendre à un meilleur recrutement. Pour ne parler que des premiers rôles, Pauline Courtin est une Eurydice crédible mais, pour une soprano légère, la voix manque singulièrement de lumière et de souplesse; Emmanuelle de Negri (Cupidon) présente le même paradoxe et si les autres rôles féminins sont campés avec verve, la vocalisation y reste assez élémentaire. Même problème du côté des rôles masculins où il n’y a guère que Mathias Vidal (Pluton) et Jérôme Billy (John Styx) à être du niveau, Billy se taillant la part du lion avec un numéro personnel très réussi, mais totalement étranger à la partition D’accord pour offrir aux "jeunes talents" une rampe de lancement, même au Théâtre de l’Archevêché, mais alors selon une communication et des prix adaptés.

Dernière production au-dessus de tout soupçon : "Die Zauberflöte" de Mozart, selon Jacobs et Kentridge, en provenance de La Monnaie (du 25 au 31 juillet).

Festival d’Aix-en-Provence, jusqu’au 20 juillet - En direct sur France Musique le 20 juillet à 22h - Direct sur Arte Live Web le 16 juillet à 22h.