L’humanité interrogée

Décloisonner. L’objectif est atteint pour Sylvie Landuyt avec la mise en scène de "Split Screen - A travers l’autre", dans le cadre du festival au Carré à Mons.

Camille Perotti
L’humanité interrogée
©D.R.

Décloisonner. L’objectif est atteint pour Sylvie Landuyt avec la mise en scène de "Split Screen - A travers l’autre", dans le cadre du festival au Carré à Mons.

Jeudi soir, le public de la salle des Arbalestriers, constitué en partie par les familles des jeunes comédiens du Conservatoire de Mons et les amis déficients mentaux du centre de Jour du Tandem, a salué la qualité du spectacle et les messages contenus. Car Sylvie Landuyt, metteur en scène - récemment nominée aux prix de la critique dans la catégorie "meilleure comédienne" -, a créé le "split". Cette technique consistant à fragmenter l’écran en plusieurs parties présentant des images différentes permet d’obtenir plusieurs perspectives, plusieurs points de vue d’une même scène.

Dans "Split Screen", l’éclatement se situe au niveau de la forme, chant, danse, vidéo, musique, enregistrement se succèdent ou se superposent, montrant plusieurs facettes de la rencontre entre les jeunes comédiens du Conservatoire royal de Mons et les déficients mentaux usagers du Tandem.

Fruit d’un travail d’écriture automatique des élèves, "Split screen", construit, coordonné et mis en scène par Sylvie Landuyt, évoque l’incertitude, l’appréhension, la curiosité de la rencontre, puis l’émotion ressentie et la révolte aussi face à l’injustice du handicap et d’une de ses conséquences : la marginalisation.

Si la pièce émeut autant, c’est non seulement par la grande complicité qui unit les acteurs et les non-acteurs, mais aussi par le fait que chaque groupe, a priori pas destiné à se rencontrer, soit allé au-delà de ses repères et du connu pour véritablement rencontrer l’autre. Souvent bouleversante, cette nouvelle amitié a vraisemblablement changé la perception du monde de celui qui avait peur de la différence comme de celui qui était "entouré de remparts protecteurs".

Même si certaines scènes semblent parfois en décalage avec le thème de "Split screen - A travers l’autre", l’ensemble comporte des moments graves et sensibles et d’autres très drôles, tel le court métrage de cinq minutes, "Le Truand", projeté en noir et blanc sur le grand écran de fond où l’on voit le chef (l’un des déficients mentaux) et son fidèle acolyte (l’un des élèves du conservatoire de Mons), partir à la poursuite d’une "vieille canaille" avec pistolet en plastique, chute dans les champs, léger problème pour entrer par la fenêtre de la voiture, etc.

La projection de vidéo ayant saisi de jolis moments - mais aussi quelques problèmes, comme les pavés mal ajustés rendant la circulation des personnes en chaise roulante compliquée (ils en profitent d’ailleurs pour faire une demande à Elio Di Rupo à ce sujet) - s’intègre parfaitement à l’action qui se déroule sur scène. L’utilisation parcimonieuse de moyens techniques, tel le micro donnant de la profondeur aux paroles, rend plus fort le message de tolérance et d’amour.

Sylvie Landuyt est parvenue à créer sur ce plateau nu une mixité et une parole "génératrices de vérité" grâce à un mélange des genres et des formes. Chanter sa haine, pleurer de joie, crier son désespoir, rire de l’indifférence, dénoncer sans revendiquer, partager sans moraliser : par leur union, les jeunes comédiens et les déficients mentaux ont interrogé ce qui fait de nous des hommes.