Un festival de répertoire

Mêmes tenues de soirées, même sentiment d’opulence cossue : le public de Munich serait-il identique à celui de Salzbourg, distante d’une heure ? Les deux festivals ne se partagent-ils pas peu ou prou l’été, juillet pour l’un et août pour l’autre ?

N.B.

Mêmes tenues de soirées, même sentiment d’opulence cossue : le public de Munich serait-il identique à celui de Salzbourg, distante d’une heure ? Les deux festivals ne se partagent-ils pas peu ou prou l’été, juillet pour l’un et août pour l’autre ? On échappe toutefois ici à l’étalage des bijoux et limousines, avec il est vrai des prix de places moins astronomiques (160 € pour les places les plus chères, sauf "Lohengrin" qui pointe à 190 €, mais on n’est encore qu’à la moitié des sommets salzbourgeois) et même, si l’on sort des premières catégories, presque démocratiques. C’est aussi que la démarche et l’économie sont complètement différentes.

Si les deux manifestations proposent, sur une durée de temps limitée, une offre abondante d’opéras (surtout) et de concerts de haut niveau (avec à Munich également du ballet, là où Salzbourg propose le théâtre), le festival de Munich se greffe sur la saison écoulée d’une célèbre maison lyrique qui fonctionne toute l’année (l’Opéra d’Etat de Bavière) et dont il est en quelque sorte la synthèse, là où celui de Salzbourg est une suite de nouveaux spectacles donnés dans un lieu qui, hors les périodes festivalières, reste en léthargie.

L’opposition entre les deux formules ne réside pas dans l’esthétique : le temps est révolu où l’on distinguait les "productions de répertoire", supposées plus traditionnelles car vouées à durer plusieurs années et donc à permettre au grand public de se familiariser avec les œuvres, et "productions de festival", censées être plus aventureuses et plus novatrices car destinées à des spectateurs déjà éduqués et théoriquement plus ouverts. L’évolution du monde lyrique est telle que le modèle dit aventureux, illustré en Allemagne par le courant radical du Regietheater, s’est imposé partout.

C’est en fait économiquement que tout change. A quelques exceptions près - le "Lohengrin" de cette année, et quelques autres spectacles en nombre il est vrai croissant pour développer l’attractivité de la manifestation -, le festival de Munich peut compter sur des productions déjà partiellement amorties, qui plus est dans un théâtre subventionné par les pouvoirs publics, alors que le festival de Salzbourg, disposant de subventions proportionnellement moindres, est tenu de rentabiliser ses spectacles sur la seule période estivale.