Un grand Lo hengrin

Où est l’œuf, où est la poule ? Est-ce parce que Nikolaus Bachler, intendant de l’Opéra de Munich, a placé l’édition 2009 du festival sous le thème "En construction" que Richard Jones a basé (on n’ose écrire "construit") sa mise en scène du nouveau "Lohengrin" sur la métaphore des bâtisseurs ?

Nicolas Blanmont
Un grand Lo hengrin
©D.R.

Où est l’œuf, où est la poule ? Est-ce parce que Nikolaus Bachler, intendant de l’Opéra de Munich (et donc du festival organisé chaque mois de juillet dans la capitale bavaroise), a placé l’édition 2009 du festival sous le thème "En construction" que Richard Jones a basé (on n’ose écrire "construit") sa mise en scène du nouveau "Lohengrin" sur la métaphore des bâtisseurs ? Ou, au contraire, averti du concept du metteur en scène britannique, l’intendant autrichien a-t-il fait de nécessité vertu ? Peu importe sans doute.

Toujours est-il que, dès le prélude, on découvre un architecte qui trace sur une planche à dessin la silhouette d’un bâtiment et que, dès le premier acte, Elsa, vêtue d’une salopette, noie son quasi-autisme dans le transport obstiné de parpaings dont seul Telramund tente de la distraire. Au fil des actes, les murs s’élèveront, jusqu’à voir, au troisième, Lohengrin et Elsa - désormais vêtue de blanc - s’installer dans ce chalet de bois clair pour un bonheur qu’on imagine sans faille (même le berceau a trouvé place dans la chambre d’en haut). Sauf que, curiosité féminine aidant, la princesse posera à son chevalier la question qu’il ne fallait pas poser, ne laissant à celui-ci d’autre choix que d’asperger d’essence lit nuptial, berceau et parquet environnant et de bouter le feu à la petite maison du bonheur bourgeois. Echec personnel du couple, certes, mais aussi échec de l’utopie de créer un monde humain dans un Brabant au bord de la dictature. Mais peut-être le "B" brodé sur les uniformes quasi contemporains des chœurs signifie-t-il aussi Bavière ?

On mentirait en écrivant que cette lecture s’impose avec une brûlante évidence, et une partie du public munichois ne se prive pas d’ailleurs de manifester sa désapprobation. Mais, si son travail est un peu chargé (on oublie de mentionner les avis de recherches avec la photo de Gottfried, le frère d’Elsa, distribués dès l’entrée aux spectateurs et placardés dans la salle !), Jones n’en reste pas moins un remarquable directeur d’acteurs qui sait donner à chacun de ses personnages l’épaisseur psychologique requise.

Le récit de Telramund au premier acte est, déjà, un modèle d’intensité, et la figure d’un Lohengrin en T-shirt, mains dans les poches et barbe de trois jours, renouvelle le genre avec une certaine fraîcheur.

C’est aussi que l’Opéra de Munich a réuni un plateau de rêve, avec pour atout les débuts très attendus dans le rôle-titre de Jonas Kaufmann, l’enfant du pays. Un an avant ses débuts à Bayreuth en Lohengrin, le ténor allemand réussit une superbe prise de rôle : il a le charisme et la vaillance du rôle (même si certains aigus semblent parfois encore un tout petit peu fragiles), mais il a aussi ces couleurs barytonantes qui donnent épaisseur au personnage, et surtout cette extraordinaire capacité de conduire et de contrôler le son dans une richesse inouïe de nuances. Ses "In fernem Land" et "Mein lieber Schwan" du troisième acte sont tout simplement prodigieux.

Magnifiques également, l’Elsa d’Anja Harteros (prise de rôle également pour la soprano allemande d’origine grecque, avec un mélange de puissance et de douceur et une remarquable clarté de prononciation), le Heinrich de Christof Fischesser, le Telramund de Wolfgang Koch, l’Ortrud de Michaela Schuster ou le Héraut d’Evgeny Nikitin.

Directeur musical de la maison, Kent Nagano conduit la soirée avec soin et compétence; il est sans doute des lectures plus investies, mais il en est aussi de plus superficielles. Seule ombre au tableau : de trop fréquents décalages dans les chœurs.


Munich, Nationaltheater, les 15 et 19 juillet. Infos : www.staatsoper.de