Un"Avare" bien enlevé à Villers

Pour sa première comédie franche dans les ruines de Villers-la-Ville, Del Diffusion a eu la main heureuse. Cela avait pourtant mal débuté avec la désaffection forcée de Pascal Racan pour raison de santé à quelques jours du début des répétitions.

Philip Tirard
Un"Avare" bien enlevé à Villers
©D.R.

Pour sa première comédie franche dans les ruines de Villers-la-Ville, Del Diffusion a eu la main heureuse. Cela avait pourtant mal débuté avec la désaffection forcée de Pascal Racan pour raison de santé à quelques jours du début des répétitions. Le comédien était parmi les spectateurs de la première, mercredi soir, et il a dû éprouver un pincement au cœur en voyant son camarade Michel Poncelet se tailler un beau succès dans le rôle titre que tenait Molière lui-même lors de la création en 1668.

Pour cette grande œuvre comique dont l’intrigue est prise à l’auteur latin Plaute, Gildas Bourdet a resserré le dispositif autour d’un plateau incliné sur lequel trône une immense cassette qui figure la demeure de l’avare. Véritable boîte à jouer, ce décor unique du spectacle - à l’exception d’une courte scène burlesque dans l’espace où a lieu l’entracte - permet aux acteurs les entrées et sorties nécessaires au ressorts de l’intrigue.

Par sa taille, la cassette signale aussi la démesure du travers de Harpagon. Dans la fameuse scène où il découvre le vol de son or, Michel Poncelet joue à fond des multiples ressources de son art, passant de la folie au comique avec une virtuosité impressionnante. Pourtant archi-connu, ce morceau de bravoure lui a valu une claque retentissante et méritée de la part d’un public conquis.

La distribution qui l’entoure est irréprochable. Benoît Verhaert campe un La Flèche espiègle et lucide. Gérald Wauthia apporte sa truculente présence à Maître Jacques, cocher et cuisinier de Harpagon. La Frosine de Marie-Paule Kumps distille ses répliques avec une saveur et une expressivité sans pareilles. Stéphanie Van Vyve témoigne d’une grâce et d’une vivacité dignes de Marivaux dans le rôle de Marianne, promise malgré elle au vieil usurier.

Les seconds rôles sont aussi bien tenus que les figures de premier plan. Dominique Pattuelli et Frédéric Nyssen, fille et fils de Harpagon, ont ce qu’il faut de rébellion et d’amour filial. Le Valère de Vincent Vanderbeeken a la sincérité et la prestance de l’aristocrate jouant les valets pour gagner le cœur de sa belle. Enfin, dans les petits rôles, Freddy Sicx en Brindavoine et en Anselme, Jean-François Rossion en La Merluche et en Commissaire, Noël Baye en Maître Simon, complètent à merveille la galerie des types humains peints par Molière.

Le rythme, si important dans la comédie, s’avère parfait de bout en bout et maîtrisé dès cette première représentation. Chaque ressort de l’intrigue est armé comme il faut et actionné à point nommé, livrant ses pleins effets. Il n’est jusqu’au dénouement dont l’invraisemblance drolatique lui vaut souvent d’être bâclé qui ne donne ici sa juste mesure, l’auteur s’amusant à y pasticher le classicisme de son temps.

Gildas Bourdet a travaillé en orfèvre, dirigeant ses acteurs avec soin, poussant le texte dans toutes ses implications et osant un esprit d’enfance d’une réconfortante fraîcheur. Il y a dans son spectacle un petit côté conte de fées à rebours, entre satire et bande dessinée, qui entraîne d’emblée la complicité du public.

Un mot encore pour saluer la diction impeccable qui permet de goûter tous les sucs de cette merveilleuse langue moliéresque. Les éclairages de Christian Stenuit, ainsi que les costumes en noir et blanc de Corinne de Laveleye prennent dans les derniers mouvements d’ensemble leur sens et leur beauté. Vraiment, à tout point de vue, voici un des plus heureux "Avare" qu’il nous ait été donné de voir.


Villers-la-Ville, Ruines de l’Abbaye, jusqu’au 8 août (durée 2h45, entracte de 30 minutes compris). Tél. 070.224.034. Web : www.lavare.be