Au bord de la crise de nerf

Tout commence (et s’achèvera) dans l’hystérie générale. Charles Boulin, souhaitant faire une grande surprise à sa femme et sa fille, a vendu en leur absence le bel appartement de l’avenue Louise pour acquérir un soi-disant magnifique hôtel particulier de la banlieue ouest.

Camille Perotti
Au bord de la crise de nerf
©LUC TOURLOUSE

Tout commence (et s’achèvera) dans l’hystérie générale. Charles Boulin, souhaitant faire une grande surprise à sa femme et sa fille, a vendu en leur absence le bel appartement de l’avenue Louise pour acquérir un soi-disant magnifique hôtel particulier de la banlieue ouest. Soi disant car, non seulement la maison est plutôt située en banlieue nord, beaucoup moins chic que l’ouest, mais aussi parce qu’avant les travaux, elle se trouve dans un état lamentable, pour ne pas dire un taudis.

L’immense problème de Charles Boulin tient au fait que sa femme s’apprêtant à rentrer du Vatican, il découvre que le chantier a pris un retard d’une ampleur considérable et, par conséquent, le fameux hôtel particulier n’est toujours pas habitable En effet, la réaction d’Anne-Charlotte ne se fait pas attendre, cris, défaillances, colère, indignation, la vie de cette fille de duc, noblement coincée et prétentieuse, se retrouve sens dessus dessous. Finement interprétée par Colette Sodoyez, Anne-Charlotte dénichera le pompon en la personne des deux ouvriers, Pinto, le chef de chantier, "plombier et maçonnier" portugais, et son acolyte, Pirelli (Laurent Renard). L’un abruti, l’autre, agressif et voleur.

La comédie de Dany Boon, mise en scène par Daniel Hanssens, est un florilège de malentendus, situations cocasses et autres répliques cinglantes particulièrement réalistes ! Qui n’a pas connu des travaux qui n’en finissent pas, les mauvaises découvertes à répétition, les pièces manquantes aux stocks épuisés, les fuites, le bruit de la perceuse et du marteau, les ouvriers perdant leur pantalon ou draguant la jeune fille de la famille ?

Ici, Pierre Pigeolet est à mourir de rire avec son regard salace, son accent portugais et son mini maillot de bain orange en séducteur d’Elizabeth (la très drôle Laure Godisiabois, lire LLB du 17/07/09), la fille promise à un riche héritier mais qui succombera au charme (et à l’odeur) animal de l’ouvrier. Dans ce cauchemar insurmontable, où la banquière (très stricte Rosalia Cuevas) et l’architecte homosexuel provocateur de catastrophes (le décalé Jean-Paul Clerbois) apporteront leur grain de sel, les secrets de famille vont resurgir. Les frustrations des uns s’ajouteront aux échecs des autres pour éclater en drame qui s’achèvera grâce à un cable électrique. Même si, par moments, Michel Hinderyckx bascule dans le délire et l’hystérie totale à trop vouloir imiter le jeu de Dany Boon, l’ambiance frise le boulevard face aux situations vraisemblablement insurmontables mais irrésistiblement drôles.

Dans la belle cour du château du Karreveld, le décor reflète parfaitement "l’apolacypse" du chantier avec les murs absents, les tuyaux, outils, poussière, baignoire au milieu du salon, câbles apparents, etc. La mise en scène de Daniel Hanssens complétant le texte par un comique de situation efficace fait passer un très joyeux moment.


Bruxelles, cour du château du Karreveld, jusqu’au 29 août, dans le cadre du festival Bruxellons. Durée : env. 2h30, de 15 à 25 €. Buffet à 15 € avant le spectacle. Infos météo : 0477.50.35.67. Programme et rés. 02.724.24.24. et www.bruxellons.net