Hibou, genou, papouilles

De quelle couleur sera la cuvée du théâtre jeune public en 2009 ? Et que fait la jeune génération ? A mi-parcours des Rencontres de Huy, on commence à s’interroger. Et à penser que les compagnies pionnières, celles auxquelles on doit la réputation de notre théâtre pour enfants et adolescents font, aujourd’hui encore, les propositions les plus intéressantes.

Laurence Bertels
Hibou, genou, papouilles
©Alessia Contu

De quelle couleur sera la cuvée du théâtre jeune public en 2009 ? Et que fait la jeune génération ? A mi-parcours des Rencontres de Huy, on commence à s’interroger. Et à penser que les compagnies pionnières, celles auxquelles on doit la réputation de notre théâtre pour enfants et adolescents font, aujourd’hui encore, les propositions les plus intéressantes. Qu’il s’agisse de la Galafronie avec "Chagrin d’amour" et "Le plus beau village du monde", de la Guimbarde avec "Mère sauvage", de la Compagnie Gare Centrale avec "Fragile" ou encore de la Casquette avec "L’air de rien" et "Los Yayos", deux spectacles très différents qui ouvrent d’autres langages.

Etonnantes joutes vocales, "L’air de rien" mêle le mime, le clown, les chants marins et l’opéra a capella pour un magnifique travail sur le chant en latin, russe, suédois ou espagnol du XVIe siècle. Le maître et l’élève déroulent le tapis vert pour une leçon musicale bucolique inattendue. Une complicité s’installe entre Luc Devreese, dominant, et Pierre Decuypere, dominé. Agaçeries et supercheries s’invitent en ce voyage initiatique où les deux protagonistes trahissent, gestuelle à l’appui, autant leurs joies que leurs peurs. Où tout se joue parfois à la corde à danser. Du théâtre comme on n’a pas l’habitude d’en voir. Pourvu que les enfants y trouvent aussi leur plaisir.

"Danser" sera surtout le maître mot de "Los Yayos" mis en scène par Pierre Richards. Puisqu’on ne peut pas nous reprendre ce qu’on a déjà dansé. "Que no nos quiten lo balaido". Au bout de leur vie, deux vieux cherchent la porte. D’entrée ou de sortie ? Ils ne savent plus où ils sont. Chez le coiffeur ? A la maison ? Non, au théâtre pour un dernier bal qui commencera par un tango et remontera le temps jusqu’aux premiers rendez-vous sur l’herbe, en passant par quelques rocks endiablés. Une immense tendresse émane de ce couple à la dérive. Agrippée à son manteau, son sac et, surtout, au porte-monnaie assorti, Isabelle Verlaine incarne à merveille cette vieille femme toujours amoureuse. Prêt à la secourir à chaque instant, Miguel Camino Fueyo se montre attentionné et de plus en plus vigoureux. Remarquables de justesse, les deux comédiens, emportés par Josselin Moinet à la guitare ou au violon, offrent un voyage à contre-courant sur le fil de la nostalgie. Une nostalgie plaisante mais parfois trop présente aux Rencontres de Huy. Les lampions, papiers peints fleuris et arrosoirs colorés sont certes bourrés de charme, mais les enfants aimeraient également découvrir des formes plus épurées, graphiques ou contemporaines.

On s’en approche avec "Le Hibou", pièce du Zététique, compagnie pionnière, écrite et mise en scène par la jeune Céline Delbecq. Luc Dumont, dont on retrouve la patte, l’a aiguillée dans son travail. Bel exemple de transmission pour un récit tendu autour de l’inceste et de la culpabilité.

Quatre comédiens sur un plateau dépouillé, un escalier décentré et pourtant à l’épicentre de l’action, le jeu tendrement brutal de Sébastien Bonnamy (Pako) et décalé de Grégoire Fasbender (Jeff), qui se justifie lorsqu’on apprend ses origines bourgeoises, et le ton est donné. De rares cris rappellent la gravité des faits avant de revenir à l’intériorité et au dénouement inattendu de ce drame social auquel la jeune Agnès, crédible et nuancée Charlotte Villalonga, donne vie.

Très beau matériau de départ, le texte surprend tant par la forme que par le fond. Le rôle de la mère, troublante Emilie Puits, l’amour d’Agnès, 7 ans à peine, pour son père et son attirance pour Piko posent question. Pour adolescents.

Lire notre dossier récapitulatif dans La Libre Culture du 2 septembre.