Magritte et Ensor vont au théâtre

Jusque dans les moindres détails. Telle est la devise de la haute couture. Même l’invisible doit frôler la perfection. Alain Moreau créateur belge du Tof Théâtre semble appliquer cette maxime à la lettre.

Laurence Bertels

Jusque dans les moindres détails. Telle est la devise de la haute couture. Même l’invisible doit frôler la perfection. Alain Moreau créateur belge du Tof Théâtre semble appliquer cette maxime à la lettre. Millimétrée, miniaturisée et cousue de fil d’or, sa nouvelle création est un des joyaux des 25èmes Rencontres théâtre jeune public qui s’achèvent ce lundi à Huy et qui, comme chaque année, réservent de belles surprises jusqu’au bout. A l’instar, on l’aura deviné, de ces "Premiers pas sur la dune" aussi ensoleillés que promis.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Habillé en groom, coiffé d’un nid de paille dans lequel reposent quelques oeufs jaune poussin, Alain Moreau accueille le public, dégaine une banane, la porte à l’oreille et rappelle, geste à l’appui, qu’il est temps de couper les GSM. Seul en scène, un voluptueux chou vert attend les spectateurs au cœur d’un cadre à l’ancienne Magritte n’est pas loin.

Et au-delà de l’esthétisme, c’est toute la réflexion surréaliste qui bientôt se profile. Jusqu’où est-on le maître d’œuvre de sa vie ? Un gros nuage apparaît, suivi de son petit. Idem pour la voiture rouge, l’avion, le chou et le papa, petite marionnette articulée, nue comme un ver et poursuivie par un canard jeté au cours d’une partie d’échecs. René retrouve alors sa couronne. Crainte ou désir de paternité ? L’avenir, envisagé avec humour, le dira.

Savoureuse succession de tableaux au gré des variations de cadres rythmée par les musiques de Max Vandervorst, "Premiers pas sur la dune" nous mène, via le cheminement visuel de la pensée continue dans les strates de l’inconscient. Un travail d’orfèvre manipulé par quatre élégants marionnettistes coiffés, comme il se doit, d’un chapeau boule.

Un vrai cadeau pour les enfants, dès trois ans, particulièrement gâtés ce week-end à Huy. Le théâtre Oz s’adresse en effet également à eux en ouvrant les "Fenêtres" de l’imaginaire, des histoires ou plus précisément de Gérard, Fred, Inès, Madame Tran ou Grand-mère. Tant de petites ou grandes vies que Camille visite grâce à l’intelligente mise en scène de Marie Renson. Pensé lui aussi jusque dans les moindres détails, du texte à la réalisation, en passant par son interprétation, "Fenêtres" multiplie les boîtes de tailles différentes, mobiles et décorées, assemblées en un espace épuré et inattendu, passant de l’horizontalité à la verticalité, du village à la grande ville.

Posées et mesurées, les auteurs et comédiennes Florence Laloy et Bénédicte Moreau nous emportent dans ce voyage sonore et visuel grâce à leurs récits, chants, comptines, histoires et ritournelles. Des fenêtres à ouvrir toutes grandes.

Les petits et emboîtements se retrouvent encore dans "Boîtes" du Nuna théâtre, un spectacle bien construit pour bébés dès dix-huit mois sur lequel nous reviendrons car c’est surtout du côté de "James ! ?" par la nouvelle Compagnie Grenadine que nous arrive la vraie surprise de Huy.

Bruits de vagues, cris de mouettes et cabines de plage rayées Ostende s’invite à la fête. La maman de James tient la boutique mais dans ce tableau lisse s’immiscent rapidement quelques tonalités orageuses. La vie n’est pas drôle tous les jours chez les Ensor, les nuits de James sont agitées et ses rêves éveillés le mènent en bateau de pirates, au cœur des sirènes ou d’un banquet de chefs coiffés de crêtes à la manière des gallinacés.

Carnavalesque, fantasque, bilingue et surréaliste, "James ! ?", spectacle mis en scène par Phil Kaiser pour quatre acteurs et 25 masques propose une approche théâtrale pertinente de l’univers pictural de James Ensor. Jolie palette.

Lire notre dossier récapitulatif sur les Rencontres théâtre jeune public dans La Libre Culture du 2 septembre.