La nostalgie reste ce qu’elle était

Huit jours qu’ils courent comme des fous, d’une salle à l’autre. Huit jours qu’ils se faufilent entre les attractions foraines, résistent aux croustillons, craquent pour la Kriek, jouent à la pétanque jusqu’à plus d’heure et se lèvent dès potron-minet pour s’envoler vers "Le plus beau village du monde".

Laurence Bertels
La nostalgie reste ce qu’elle était
©Stein

Huit jours qu’ils courent comme des fous, d’une salle à l’autre. Huit jours qu’ils se faufilent entre les attractions foraines, résistent aux croustillons, craquent pour la Kriek, jouent à la pétanque jusqu’à plus d’heure et se lèvent dès potron-minet pour s’envoler vers "Le plus beau village du monde". A moins de revisiter "La légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon", de trembler au cri du "Hibou", de consoler le papa de Fanny en plein "Chagrin d’amour" ou de faire quelques "Premiers pas sur la dune". Huit jours à Huy, en somme, petite ville mosane dont l’ancienne bourgmestre multiplie les frasques pendant que dans les salles de fêtes ou de gymnastique reconverties en salles de spectacle, se joue l’enjeu du théâtre pour enfants et adolescents en Communauté française.

Les 25es Rencontres théâtre jeune public viennent de s’achever pour les festivaliers - programmateurs belges et étrangers, enseignants, artistes et autres spécialistes du genre - par la traditionnelle remise des prix décernés par un jury présidé par Janine Le Docte, conseillère aux affaires culturelles de la Cocof (voir palmarès ci-contre). Entre vin blanc, zakouski et chips au paprika offerts par le Service jeunesse de la Province de Liège, organisateur de la manifestation, se tirent les premières conclusions. "Alors, cette cuvée 2009?" "Bof", dira l’un, "pas mal" renchérira l’autre Rien de tel, pour affiner sa pensée, que de compter les points. En ce qui nous concerne, une dizaine de spectacles sur trente-cinq vaut le détour et six ou sept autres sont dignes d’intérêt. Pas de quoi faire la moue, on l’aura compris, même si l’on regrette l’âge d’or du théâtre jeune public, celui où les Belges francophones étaient considérés comme avant-gardistes. "Les Rencontres de Huy permettent de cerner la création en Belgique", nous dit un programmateur du Jura. "Nulle part ailleurs, on ne peut à ce point prendre le pouls de la création dans un pays à un moment donné. Après l’affaire Dutroux, je me souviens qu’il a fallu attendre deux ou trois ans pour revoir des comédiens oser se toucher sur scène. Cette année, j’ai été frappé par le nombre de doudous présents dans les spectacles."

Divisées en deux, par les hasards de la programmation, les Rencontres ont proposé, en première partie, des spectacles touchants, justes, tendres, poétiques et souvent nostalgiques tandis que les créations plus lumineuses arrivaient en fin de parcours. De quoi finalement contenter le festivalier avide de sensations variées, jusqu’au dernier jour grâce au Théâtre du Public.

"De trop", un spectacle secouant, évoque la vieillesse dans notre société. Les vrais ennuis commencent là où finit la vie de Papy. Que faire de Mamy qui a déjà eu des vertiges ? Plus question de la laisser seule dans cette grande maison, même si elle refuse d’aller en maison de retraite. Soutenue par son petit-fils et l’aide familiale, elle va peut-être obtenir gain de cause. Provisoirement, du moins. Partie sur une note humoristique pour arriver au final dramatique, la mise en scène pertinente de Jean-Michel D’Hoop pose, auprès des adolescents, les jalons d’une essentielle interrogation. Du théâtre en prise avec la société.

Ces Rencontres rappellent également à quel point les compagnies pionnières ont encore leur mot à dire. Et plus encore vu la qualité des spectacles proposés.

Pour trouver de vrais raconteurs d’histoires, cependant, comme dans la tradition anglo-saxonne, il faudra se tourner vers les auteurs d’envergure, tel Eric Durnez et son magnifique "Tam", un des plus beaux textes qu’il ait écrit ces dernières années. Autre nom à retenir, celui de Céline Delbecq, grande découverte de cette cuvée 2009. Aiguillée par Luc Dumont, la jeune auteure et metteure en scène de la création du Zététique, "Le hibou", livre un texte tendu de bout à bout. A suivre d’un seul souffle. La peinture, quant à elle, est dignement représentée cette année, que ce soit par les Zygomars dans "Je suis libre ! hurle le ver luisant" en référence à Alechinsky, dans les "Premiers pas sur la dune" du Tof inspiré par Magritte, ou dans "James ! ?", comme Ensor, de la compagnie Grenadine. Une belle promenade picturale, couleur belge, en prime. La danse, en revanche, n’a pas répondu aux attentes. L’année prochaine, si tout va bien