Parfums de rentrée sur les scènes

La glycine refleurit avec bonne volonté, les cosmos se décident enfin à montrer leurs pétales, les dernières figues ne mûriront plus, les feuilles semblent songer à roussir, les araignées deviennent dodues Langueurs estivales encore. Parfums de rentrée déjà.

M.Ba.
Parfums de rentrée sur les scènes
©Jaume

La glycine refleurit avec bonne volonté, les cosmos se décident enfin à montrer leurs pétales, les dernières figues ne mûriront plus, les feuilles semblent songer à roussir, les araignées deviennent dodues Langueurs estivales encore. Parfums de rentrée déjà. C’est le moment de retrouver le chemin des envies. Dans les salles de théâtre notamment, après les derniers assauts festivaliers - à Seneffe ou à Silly, au Karreveld ou aux Brigittines.

La saison, officiellement lancée par une soirée le 18 septembre, sera particulièrement internationale au National, avec pour commencer le "Pinocchio" de Joël Pommerat et pour suivre quelques haltes scéniques dans le programme d’Europalia Chine (dont un "Hamlet"). On attend de pied ferme la toute nouvelle création théâtro-musicale d’Ingrid von Wantoch Rekowski, inspirée de la légende arthurienne : "Lapsit Exillis" emprunte son nom à la pierre magique tombée des cieux lors d’un combat entre Dieu et Lucifer. Après les étapes qu’elle en a déjà présentées, Françoise Bloch livre ici "Grow or Go", basé sur un documentaire et nourri du monde mystérieux de la consultance. D’Avignon à Bruxelles, le National reçoit l’"(A) pollonia" de Krzysztof Warlikowski (à voir aussi à Liège) et "Littoral" de Wajdi Mouawad.

Du même, on pourra voir "Incendies" au Théâtre de Namur, toujours généreux en accueils, de Declan Donnellan ("Macbeth") à Pierre Richard ("Franchise postale"). On partira ici en "Voyage" avec Yves Hunstad et Eve Bonfanti ou on mêlera musique, peinture, danse et cirque avec la Cie Gare Centrale dans "Marie-Louise".

"Il faut se mettre en route", clame le Rideau en exergue de sa nouvelle saison. C’est le 19 septembre qu’aura lieu l’ouverture festive, en l’occurrence au Pathé Palace, l’un des lieux où le théâtre sis dans le sein du Palais des Beaux-Arts se délocalise en 2009-2010. Entrée en matière avec "Le Cocu magnifique" de Fernand Crommelynck mis en scène par Vincent Goethals, avec une distribution franco-belge associant des étudiants du Conservatoire de Mons. "L’Oreille droite" de Jacques Rebotier avec Alexandre Tharaud se présente non comme un récital mais comme une partition de sons, de gestes et de mots, nourrie d’enfance et d’esprit. Et puis le Rideau, fidèle, proposera "Un automne avec Ascanio Celestini", reprenant "Fabbrica" et "Histoires d’un idiot de guerre", créant "Pecora Nera", toujours avec la ferveur des complices Pietro Pizzuti et Angelo Bison.

Fêtes d’ouverture, présentations au public, lancements de saison s’affichent un peu partout. C’est le 5 septembre, par exemple, que les Tanneurs fêteront leurs dix ans, avec des surprises, des concerts, une soirée endiablée. Qui annoncera notamment le désormais traditionnel festival des Premières fois, avec cette année "Hiver" de Jon Fosse par Caroline Logiou, "Comida" de Rodrigo Garcia par Gabriel Da Costa et "Ténèbres" de Henning Mankell par Bouchra Ezzahir.

Le Varia, lui, prévoit pas moins de deux week-ends d’ouverture, les 25 et 26 septembre avec Pie Tshibanda, les 2 et 3 octobre avec "De la race en Amérique" ou le discours de Barack Obama mis en scène par le Caribéen José Pliya. Le premier rendez-vous avec une création, ensuite, sera "Mein Kampf (farce)" de George Tabori, mis en scène par David Strosberg.

Au Théâtre de la Place, la soirée inaugurale a lieu le 10 septembre, annonçant une saison bigarrée où l’on pointe notamment la création de "Loin de Corpus Christi" de Christophe Pellet, sorte de fresque cinématographique que met en scène Michael Delaunoy, en coproduction avec le Rideau et qui sera ensuite jouée au Marni. Quant au "Barbier de Séville" de Beaumarchais, mis en scène par Jacques Delcuvellerie, il est ici et ailleurs - au National.

Au Public, on note en entrée de saison deux créations. Valérie Lemaître aborde le monde sans pitié du business de haut niveau avec "Mister Bates". Pietro Pizzuti a écrit, à la demande de Babetida Sadjo, "L’Initiatrice (Squat)", qui évoque le très délicat sujet de l’excision et, plus largement, de la place des femmes.

Le Poche entame la saison par une onde de choc qui trouve son épicentre dans les sixties : "Le Locataire", comédie féroce de Joe Orton, est mis en scène par Derek Goldby. La violence encore, plus actuelle que jamais, sera questionnée dans "Mort si j’veux" de François Clarinval.

Violence ordinaire, violence politique, violence terroriste, c’est le sujet notamment de "Guerre" de Rainald Goetz, que met en scène Paul Camus, en trois parties à voir séparément ou en version intégrale, à l’Océan Nord. Il y a aussi les petites querelles, les bruits d’une relation se mesurant à la vie : "Noises" d’Enzo Corman, vu par Colette Régibeau, en fait état en une série d’instantanés sur le couple et le désir. Y a-t-il sujet plus récurrent, plus riche de déclinaisons sur scène ?

Au Théâtre de la Vie, la saison s’engage sur "Dialogues du Dom Juan - Molière", une mise en scène de Claudia Gäbler et Herbert Rolland qui se présente comme une traversée de la matière-texte, une exploration. Dominique Rongvaux, qui fait partie de ce spectacle, proposera ensuite "Éloge de l’oisiveté" d’après Bertrand Russell, un monologue réflexif mis en scène par Véronique Dumont.

Molière figure aussi au menu de l’Atelier Théâtre Jean Vilar - où arrivent par ailleurs une série de spectacles créés à Spa - et où "Le Tartuffe ou l’imposteur" est mis en scène par Patrice Kerbrat. Dont plus tard dans la saison s’illustrera "Deux petites dames vers le Nord" avec Marie-Line Lefebvre et Cécile Van Snick.

La même pièce de Pierre Notte, avec pour protagonistes des "Thelma et Louise" d’âge mûr, est présentée aux Riches-Claires dans une mise en scène de Victor Scheffer, avec Jacqueline Nicolas et Françoise Oriane en sœurs réunies sur la route de leurs souvenirs.

Si l’amour - conjugal, filial, sororal - y est questionné tous azimuts, le théâtre est aussi lieu d’imaginaires foisonnants. Ainsi Georges Lini monte-t-il, à l’Atelier 210 (qui ouvre sa 5e saison par une semaine de fête, du 5 au 12 septembre), "Le Langue-à-langue de chiens de roche" de Daniel Danis - lancement d’une "année Québec" pour le Zut. Noémie Carcaud se frotte aux hybridations théâtrales dans "Au plus près", à la Balsa.

Les 12 et 13 septembre, l’Ancre développera un programme truffé de créations. Et de questions. À l’image de "Serisse" qui, d’après "La Cerisaie" de Tchekhov, avec des textes additionnels de Wouter Hillaert et Dorcy Rugamba dans une mise en scène de Michael De Cock et Younouss Diallo, aborde la mémoire et le progrès, l’ici et l’ailleurs Transquinquennal et le Groupe Toc, associés pour une création à naître en juin, livrent en amont des étapes de leur travail, conférence et performance interrogeant ici le monde de l’entreprise avec "Levée de fonds". Notons qu’on retrouvera ici, et sur un sujet similaire, le "Grow or go" de Françoise Bloch, artiste associée à l’actif théâtre de Charleroi.

En entrée de saison, les Galeries ont choisi la comédie "Chat et souris" de Ray Cooney, mise en scène par Bernard Lefrancq. Elle sera suivie par "La Souricière" d’Agatha Christie, adapté par Fabrice Gardin.

Le Parc, lui, a opté pour la cape et l’épée du "Capitaine Fracasse" de Gauthier, dans une version signée Thierry Debroux. Jean-Claude Idée, lui, met en scène "La Folle de Chaillot" de Jean Giraudoux. Mais aussi, à la Comédie Claude Volter, "La Nuit la plus longue" où François Ost imagine les mots échangés par Sade et Portalis, tous deux emprisonnés.

Aux Martyrs, Daniel Scahaise et son Théâtre en Liberté se lancent dans "Rosencrantz et Guildenstern sont morts" de Tom Stoppard. Le Théâtre du Sygne, en résidence, y donnera pour sa part "En attendant Godot" de Samuel Beckett.

Et côté danse ? Notons principalement la dernière création d’Anne Teresa De Keersmaeker, "The Song", née à Paris et bientôt à Bruxelles, au Kaaitheater, avant Turnhout, Anvers, Bruges ou Louvain. De Michèle Noiret, le magnifique solo "Demain" sera donné au Manège. Mons puis aux Écuries de Charleroi. La Cie Thor de Thierry Smits prépare, elle, ses vingt ans ; sa prochaine création, "To the ones I love", verra le jour à Liège, en janvier 2010 pour revenir en mars au Varia.

Quelques balises dans "La Libre Culture" qui, après une trève estivale, reprend sa parution hebdomadaire ce mercredi 26 août.