L’importance du doute !

Jan Lauwers est devenu une des grandes stars du théâtre européen depuis le triomphe de "La Chambre d’Isabella". Depuis lors, il est invité chaque année à Avignon où il vient de présenter avec succès sa trilogie ("Isabella", "Le Bazar du homard" et "La Maison des cerfs").

L’importance du doute !
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Jan Lauwers est devenu une des grandes stars du théâtre européen depuis le triomphe de "La Chambre d’Isabella". Depuis lors, il est invité chaque année à Avignon où il vient de présenter avec succès sa trilogie ("Isabella", "Le Bazar du homard" et "La Maison des cerfs"). Il diffuse régulièrement un bulletin dans lequel il se livre à des réflexions toutes personnelles, mais souvent très pertinentes. Dans sa dernière lettre, on peut ainsi lire le commentaire suivant sur l’art et la culture, à méditer :

"Je me trouvais récemment, écrit Jan Lauwers, devant la statue de Léonard de Vinci à Milan et je méditais sur l’importance qu’avaient eue les artistes pour faire sortir l’Europe de l’obscurité du Moyen Âge. Et sur la vitesse à laquelle cela s’était fait. Entre les fresques naïves, presque maladroites de Piero della Francesca et l’art sophistiqué de la Renaissance, il n’y eut que quelques décennies. C’est presque incroyable.

C’est alors que j’ai reçu un SMS de Belgique pour m’annoncer que nous avions une nouvelle ministre de la Culture. Lors de sa première apparition publique, cette nouvelle ministricule a déclaré qu’elle ne connaît rien à l’art. Encore une politicienne qui ne voit aucun problème à diriger un département dont elle ne sait strictement rien. En Flandre, nous sommes habitués à cela depuis de longues années. La colère ne sert presque à rien. Ce qui a du sens par contre, c’est de relever que les arts se portent très bien en Flandre. Malgré l’attitude presque irrespectueuse de nos ministres de la Culture successifs envers les artistes, les choses vont bien. Et pourtant, imaginez : un ministre de la Culture compétent, passionné d’art ? Quelqu’un qui aurait une haute estime de l’importance de l’art dans notre société. Un visionnaire qui serait une source d’inspiration pour tous ceux qui ont quelque chose à voir avec l’art. Autant dire pour tout le monde, car quoi qu’on en pense, l’art est dans chaque recoin, chaque interstice de notre société. L’art a toujours été là et sera toujours là, bon ou mauvais, mégalo ou modeste, provocateur ou tendre, l’art rend la vie viable.

Bach, de Vinci, Shakespeare, pour en nommer trois parmi les plus grands. Mais ceux-là aussi ne peuvent être là que grâce à d’innombrables échecs de tous les artistes réunis. Et c’est peut-être là la plus grande qualité dont doit disposer un ministre de la Culture : le fait de comprendre qu’en art, tous ces échecs sont nécessaires.

Comme le disait feu Hugo Claus : "Il est aussi difficile d’écrire un mauvais livre que d’en écrire un bon."

On dit que nous devons laisser à la nouvelle ministre de la Culture le bénéfice du doute. Justement, le problème, c’est que si les artistes aiment douter, ce n’est pas le cas des politiciens."