Manip à tous les étages

Révélé par le Festival de Spa en 1994 avec "L’Enseigneur", le Namurois Jean-Pierre Dopagne y a vu la création mondiale de son huitième texte en août dernier. Coproduit par le Festival avec Argan 42, la structure fondée par Daniel Hanssens, "L’Envoûtement" se donne en ce moment au Théâtre Mercelis où nous sommes allé le revoir.

Philip Tirard
Manip à tous les étages
©Laurent Cools

Révélé par le Festival de Spa en 1994 avec "L’Enseigneur", le Namurois Jean-Pierre Dopagne y a vu la création mondiale de son huitième texte en août dernier. Coproduit par le Festival avec Argan 42, la structure fondée par Daniel Hanssens, "L’Envoûtement" se donne en ce moment au Théâtre Mercelis où nous sommes allé le revoir. Signalons au passage qu’Argan 42 présente non moins de six productions cette saison, dont la reprise de "Ladies Night" (notamment au Cirque royal) et une nouvelle mise en scène du "Père Noël est une ordure" qui sera au Centre culturel d’Uccle pendant les fêtes.

Depuis les trois représentations spadoises au Britannique, "L’Envoûtement" a pris de l’assurance. Alix Mariaule et Delphine Charlier s’y affrontent dans la mise en scène de Pascal Racan. Car c’est bien d’un affrontement qu’il s’agit, même si la pièce commence par un coup de foudre amical entre les deux protagonistes, lors d’une rencontre fortuite dans une salle de fitness.

Très vite leur amitié amène la seconde à entrer dans l’entreprise de concerts où travaille la première, sous la direction d’un charismatique patron. Bientôt la nouvelle arrivée supplante son amie et devient la favorite du boss. Comme Godot, ce dernier reste invisible, mais tire assurément les ficelles depuis les coulisses

Dans cette satire grinçante, vive et bien enlevée, Dopagne met en accusation la manipulation et le harcèlement psychologique tels qu’ils peuvent se pratiquer dans certaines entreprises. Il y faut de la finesse dans l’interprétation, à cause de la rapide alternance de scènes dialoguées et de brefs monologues intérieurs.

Delphine Charlier et Alix Mariaule parviennent à rendre la profonde cruauté d’un univers qui se veut tous sourires et plénitude de faire ce qu’on aime. Si la musique est le fonds de commerce de la société où elles travaillent, l’harmonie n’y règne qu’en apparence. Une terrible pression s’exerce sur les personnes, mettant en péril leur intégrité et bafouant leur dignité.

La pièce n’a pas la portée philosophique des "Fines bouches" ou la profondeur psychologiques du "Vieil homme rangé". Mais elle touche à un vrai travers - hélas totalement d’actualité, de sorte que le rire se fige par moments - d’une société où la course au profit et au succès instrumentalise l’être, justifiant les moyens par la fin, dans une dangereuse résurgence du machiavélisme.


Bruxelles, Théâtre Mercelis, jusqu’au 31 octobre. Durée : 1h30. De 8 à 12 €. Tél. 070.75.42.42. Web : www.argan42.be.