Dans la moiteur de l’Afrique

Voilà un nom de plus, venu de Flandre, à retenir. Hans Van den Broeck est davantage connu à Paris (il est invité par le Théâtre de la Ville) qu’en Communauté française.

Guy Duplat

Voilà un nom de plus, venu de Flandre, à retenir. Hans Van den Broeck est davantage connu à Paris (il est invité par le Théâtre de la Ville) qu’en Communauté française. Ses spectacles méritent cependant largement d’être vus, comme en témoigne l’excellent (même s’il est un peu trop long), "We was them" créé au KVS, mais dont les représentations se terminent déjà ce samedi soir. Hans Van den Broeck, psychologue de formation, a travaillé avec Alain Platel dans le collectif "Les ballets C. de la B." à Gand. Il est dans le "théâtre-danse" créé il y a trente ans par Pina Bausch et porté à son paroxysme par Alain Platel : exacerbation des sentiments, mélange de danse et de théâtre, priorité aux émotions, expressionnisme des mouvements. Mais il y ajoute une dose de poésie, de beauté et humour.

Dès le début, on est plongé dans une scénographie très réussie. On est en Afrique. Au fond la scène, une énorme photo d’un ciel d’orage, tout noir, sur la savane. Un subtil éclairage (Van den Broeck est aussi vidéaste) fait vivre cette photo. A l’avant-plan, une piscine bien réelle, comme on en voit dans les hôtels miteux de Cotonou ou Dakar, avec des feuilles de plantes tropicales flottant sur une eau peu nette. A droite, des "chambres", qui ressemblent plutôt à des cabanes délabrées avec vitres cassées, fils électriques et moustiquaires. Si on ne ressent pas - et pour cause - la chaleur et la moiteur de l’Afrique, la bande-son, très réussie aussi, nous donne régulièrement les bruits d’insectes obsédants.

Dans cet univers sont réunis trois hommes et deux femmes. Van den Broeck explique que certains sont des preneurs d’otages, les autres des otages et, qu’entre eux, se noueront des liens dus au syndrome de Stockholm, qui rapproche le prisonnier de son gardien. Peu importe. On voit surtout un groupe qui se rapproche, ou se dispute, prétexte à nombre de scènes mémorables et à une danse physiquement très exigeante : les nuits agitées sur un lit vertical, la femme prenant au lasso un homme qui joue le cheval, les combats de chiens, les luttes se terminant par la torture réciproque de la noyade. A les voir appuyer leurs mains sur les têtes les uns des autres, on ne sait plus qui est le bourreau et qui est la victime.

Si le thème peut paraître brutal, tout est traité chorégraphiquement et poétiquement. La danseuse noire apparaît perchée sur des épaules, la tête surmontée d’une grande coiffe de chef indien et chaussée de patins à roulettes. Elle chante un blues et c’est superbe. La nuit africaine est évoquée par une petite auto poussée sous la seule lumière d’une lampe de poche. Deux cordes agitées évoquent, de manière sidérante, le cyclone tropical.

Si, vers la fin, parfois la tension se relâche, le spectacle reste inventif et nous offre des images jamais vues qui souvent nous ravissent.

"We was them" d’Hans Van den Broeck, au KVS, encore ce samedi soir à 20h30, Infos : 02/2101112 et www.kvs.be