"Dom Juan" sur le tréteau

On n’en a jamais fini avec un chef-d’œuvre Quatorze ans après l’avoir mis en scène avec Alexandre von Sivers, Pietro Pizzuti et René Hainaux en tête de distribution, Herbert Rolland revient au "Dom Juan" de Molière. Le spectacle s’intitule "Dialogues du Dom Juan - Molière" car il s’agit d’une exploration à trois comédiens des principaux thèmes de la célébrissime pièce.

Philip Tirard

On n’en a jamais fini avec un chef-d’œuvre Quatorze ans après l’avoir mis en scène avec Alexandre von Sivers, Pietro Pizzuti et René Hainaux en tête de distribution, Herbert Rolland revient au "Dom Juan" de Molière. Le spectacle s’intitule "Dialogues du Dom Juan - Molière" car il s’agit d’une exploration à trois comédiens des principaux thèmes de la célébrissime pièce.

Homme de parole et de fidélité, le metteur en scène et animateur du Théâtre de la Vie a repris des éléments de la scénographie de Serge Creuz (la dernière que réalisa ce grand artiste disparu en 1996). Un magnifique tréteau en plan incliné et deux chaises triangulaires : il n’en faut pas plus pour déployer le jeu théâtral qu’assure avec ferveur et ironie Dominique Rongvaux dans le rôle titre. Céline Bonaventure et Antoine Plaisant lui donnent la réplique dans ce "Dom Juan" quintessenciel, incarnant Sganarelle, Elvire, la paysanne Charlotte, le Pauvre, etc.

Cosignée par Claudia Gäbler, cette réalisation dépouillée, allusive, sensuelle et soignée se veut résolument multimédia, tout en restant centrée sur les intentions de l’auteur. Ainsi, on sera surpris peut-être de voir les comédiens affublés de micros dans une salle aussi intimiste. C’est que le son fait l’objet ici d’un travail tout particulier de la part de Marc Doutrepont : bruitages, musiques, effets d’écho, contrastes d’intensité, explorations du grain de la voix concourent activement à la dramaturgie.

Si le volume global du mixage nous a parfois paru disproportionné en regard de l’exiguïté des lieux, le "jeu théâtral" s’en trouve enrichi de gros plans sur certaines nuances et la narration elle-même se développe selon des méandres inédits. On y perd en revanche le rythme moliéresque, comme si l’on avait affaire à une succession de fragments, si bien organisés fussent-ils.

Le spectacle est assorti d’un prologue et d’un épilogue. Dans le premier, les artistes font leur déclaration d’intention : montrer les rapports sociaux à l’œuvre dans les relations entre les personnages, illustrer le processus même de la création artistique. Bref, ils s’avancent en désignant leur masque. L’épilogue, écrit par Jean Louvet, imagine un procès de Molière par la Compagnie du Saint-Sacrement (celle-là même qui avait mis des bâtons dans les roues du "Tartuffe").

Porté par l’énergie jubilatoire et la diction ciselée des trois comédiens -qui frise par endroit le rigorisme orthophonique - ce spectacle original se laisse regarder avec un plaisir d’autant plus intense que l’on connaît bien la pièce. Si on la découvre, cela peut paraître un "digest" quelque peu réducteur.

Bruxelles, Théâtre de la Vie, jusqu’au 1er novembre, à 20h15. Durée : 2 heures (entracte compris). De 8 à 12 €. Tél. 02.219.60.06. Web : www.theatredelavie.be