Froide délivrance

Sur le plateau plongé dans l’obscurité du Théâtre Marni, quatre cabines blanches figurent astucieusement un scanner, un écran où se lisent les radios, les murs de la chambre du mourant Noir et blanc.

Camille Perotti

Sur le plateau plongé dans l’obscurité du Théâtre Marni, quatre cabines blanches figurent astucieusement un scanner, un écran où se lisent les radios, les murs de la chambre du mourant Noir et blanc. Une sobriété absolue, froide et distanciée, pour ce face-à-face entre deux hommes, l’un malade vulnérable en fin de vie, l’autre, médecin, s’acharnant dans la pratique détachée et clinique de son métier jusqu’à l’ébranlement : le malade interprété avec la fragilité nécessaire par François Beukelaers, demande l’impensable au curateur, Yvain Juillard, autoritaire et droit.

Cette mort comme délivrance, Odile Vansteenwinckel la met en scène par la lecture du texte de loi et ces deux personnages dans l’impasse qui livrent leurs doutes, leurs peurs et leurs pensées de manière fragmentée, plus poétique que réaliste. Peu de réel dialogue et de jeu de regards entre les deux hommes, mais des gestes, l’enfilage des gants comme étendard thérapeutique pour l’un, la mise à nu comme une dépossession de son corps pour l’autre. Le malade et le médecin semblent chacun jouer leurs rôles jusqu’à cette demande, inattendue, de l’euthanasie.

Loin des discours larmoyants et des apitoiements, la jeune auteur et metteur en scène a choisi d’évoquer ce thème délicat de manière fantasmagorique, en images et symboles, du noir pour la mort, du blanc pour le corps et l’hôpital épuré, pourtant, sans émotion, les deux personnages apparaissent lointains, froids, presque - paradoxalement - désincarnés et l’on ne frémit pas à l’approche de l’injection délivrante.

Cette approche originale évite l’écueil de la vision paternaliste du médecin et du malade infantilisé et recèle quelques instants forts comme les moments soutenus musicalement par le son de la guitare électrique jouée comme une contrebasse de Malena Sardi, surplombant la scène, ou la vidéo de Jacques Frel s’intégrant dans la scénographie d’Elisabeth Lebailly mais elle n’emporte pas le spectateur. Une représentation minutieuse et austère de l’euthanasie intéressante mais parfois trop glacée.


Bruxelles, Théâtre Marni, jusqu’au 17 octobre. Durée : 50 minutes. De 8 à 12 €. Infos&rés. 02.639.09.80 et www.theatremarni.com