Funambule de la planète globale

En 2002, Fabrizio Rongione recevait le Prix du Théâtre dans la catégorie "seul en scène" pour son interprétation de "A Genoux", dont il avait aussi écrit le texte en collaboration avec Samuel Tilman. Ce tandem de talent remet le couvert - c’est en fait leur quatrième collaboration - dans "On vit peu mais on meurt longtemps".

Philip Tirard
Funambule de la planète globale
©D.R.

En 2002, Fabrizio Rongione recevait le Prix du Théâtre dans la catégorie "seul en scène" pour son interprétation de "A Genoux", dont il avait aussi écrit le texte en collaboration avec Samuel Tilman. Ce tandem de talent remet le couvert - c’est en fait leur quatrième collaboration - dans "On vit peu mais on meurt longtemps".

Bien rodée, leur complicité s’exprime à travers un texte à la fois fluide et diversifié où apparaît une riche galerie de types humains que l’on rencontre dans la vie de tous les jours. On peut le dire, Fabrizio Rongione vitupère l’époque : la duplicité des banques, l’addiction au téléphone portable, l’écologie à la petite semaine, la bagnole reine, la "crise", tout fait farine à ce jubilatoire moulin à paroles.

Il y a un ton à la Guy Bedos dans l’écriture, mais la patte du comédien reste très personnelle et ne ressemble à rien de ce que nous présentent les comiques actuels de la télévision. Amoureux du théâtre, même s’il travaille régulièrement avec bonheur pour le cinéma, Fabrizio mitonne avec tendresse et lucidité ses personnages. Il sait les tenir et les faire exister : bien ajustées, ses caricatures ont comme un supplément d’âme qui les rapproche des spectateurs. L’humour est roi et l’on rit bien volontiers de nous-mêmes à la faveur du miroir (à peine) déformant qu’il nous tend. Loin de tout cabotinage, il piège nos contradictions avec une simplicité et une évidence désarmantes.

Mis en scène par Alexis Goslain et Samuel Tilman, le comédien évolue devant un décor aux allures de sculpture métallique dont les multiples facettes diffractent les lumières contrastées et acidulées de Renata Gorka. Celles-ci épousent les tonalités et les humeurs des saynètes esquissées en rapide succession.

Qu’il campe un paysan du Moyen Age éberlué par la course d’un joggeur, son grand-père bourru et soupçonneux ou encore un trader l’oreille vissée à son téléphone cellulaire, Fabrizio Rongione arpente notre modernité globale à la manière d’un funambule étonné. Surfant sur le fil de l’actualité, il joue les décodeurs facétieux et impitoyables.

Généreux, il ne donne pas de leçons pour autant : c’est de lui-même qu’il se moque aussi. Son spectacle a ceci de précieux que, de voyeurs passifs, voire complaisants il nous transforme en regardeurs actifs de nos propres travers. Avec, à la clef, l’envie de vivre mieux, plus acteurs et moins consommateurs

Bruxelles, "Arrière-Scène", jusqu’au 23 octobre. Durée : 1 h 15 env. De 8 à 12 €. Infos & rés. : 0484.213.213, www.arriere-scene.be