L’ode à la "mélancole" de Philippe Vauchel

Janvier, frimas, lendemains de fête et Vauchel qui déboule sur scène avec sa mère sur le dos et sa "mélancole" sur le cœur. Tout un programme. D’entrée de longue soirée d’hiver.

Laurence Bertels

Janvier, frimas, lendemains de fête et Vauchel qui déboule sur scène avec sa mère sur le dos et sa "mélancole" sur le cœur. Tout un programme. D’entrée de longue soirée d’hiver. Même si le temps passe doucement en compagnie de l’auteur acteur, bonhomme et wallon à souhait, sincère, presque gauche parce qu’il doit en être ainsi lorsqu’on est appelé à devenir le sherpa de sa mère et à incarner, front, menton et regard à l’appui, tous les morts de la famille. Le genre, en somme, à naître avec un cœur de 742 grammes, à se décourager devant le moindre effort et à s’enfermer dans sa chambre toute la soirée pour écouter "Suzanne" de Léonard Cohen. En boucle, de préférence. Après "Trois secondes et demie" et "La Grande Vacance", Philippe Vauchel poursuit sa tendre philosophie. Loin des paillettes, il vient, avec des temps vides, des temps pleins, des minutes serrées, d’autres plus lâches, rappeler au public sa triste condition en se moquant gentiment des braves gens, des veuves de Vieux-Genappe ou d’ailleurs qui s’accordent pour trouver le temps long, la journée surtout. On les imagine sur le seuil de leur porte ou assises à la cuisine, un thermos de café posé sur la toile cirée. Il y a aussi les fêtes de Toussaint où le père sort du cimetière, pour venir dans son plus beau costume chatouiller la nostalgie de la famille. Puis ces monticules, petits ou grands, recouverts parfois de plastique et de pneus, devant lesquels les fragiles de la "mélancole" - un mot qui revient régulièrement - s’inclinent les jours de crise, ceux où tout soulèvement de terrain leur rappelle inévitablement les dernières funérailles suivies à petits pas. Drôle ? Non, bien sûr, serait-on tenté d’écrire. L’humour est là, pourtant, qui se glisse, de temps en temps, dans le monologue du comédien, dans la complicité qu’il entretient avec sa mère, cette marionnette réalisée avec doigté par Bernard Clair, chauve et pétillante, inerte et tellement vivante.

Lorsqu’il arrive en scène, avec cette petite maman sur le dos, telle un fardeau trop cher dont il ne peut se séparer, Philippe Vauchel entame sa tournée des théâtres, et son ascension de l’Himalaya, pour venir rappeler d’où l’on vient et où l’on va, encombrés toujours de ces fameuses valises, trop pleines de sens, de rancœurs et de souvenirs. Mais qui, pourtant, nous mèneront sur le toit du monde, là où vivent les sherpas. Dans la mise en scène de Jean-Michel Frère comme dans le décor - des containers en toile de fond, une table de côté et de la sobriété - tout évoque le sud du pays. La légèreté s’invite à la fête et malgré un propos parfois délayé, Philippe Vauchel réalise une belle performance, fier de son identité et peu frileux face à la nudité artistique. Sincèrement wallon.

Namur, jusqu’au 9 janvier au Grand Manège. Rés.; 081.226.026 ou www.theatredenamur.be. De 10 à 18 €.