Décalage et justesse

“Le Purgatoire” signé et mis en scène par Dominique Bréda est repris à la Samaritaine. Un spectacle frais et plein d’humour.

Camille Perotti
Décalage et justesse
©Dominique Breda

Construisant ses pièces de théâtre à chaque fois de la même manière - des saynètes courtes et dynamiques -, Dominique Bréda ne pourrait répéter ce système ingénieux et efficace sans talent. Que ce soit dans "Emma", "Hostiles", "Le Groupe", ou bien "Le Purgatoire", aujourd’hui repris à la Samaritaine après avoir été créé au Café-Théâtre du TTO, l’écrivain à la plume légère et incisive s’applique à déceler les absurdités du quotidien de nos vies occidentales. En l’occurrence, il caractérise les Européens dans "Le Purgatoire" comme des hommes sans cesse frustrés d’avoir une télé plus petite que celle du voisin. Empruntant des raccourcis et autres métaphores, l’homme à la réplique qui fait mouche met également en scène ses écrits avec une troupe de fidèles comédiens qu’il connaît bien.

Dans l’écrin charmant des caves voûtées de la Samaritaine, Julie Duroisin, Catherine Decrolier, Odile Ramelot, Jean-François Breuer et Thomas Demarez incarnent les différents personnages avec un humour décapant. Les "chapitres" annoncés sur un écran - "La Vie", "La Connaissance", "La Vérité", "La Sagesse", "L’Art", "La Religion", "Les Autres" ou "La Mort" - correspondent à une interprétation des questions existentielles. Décalées et saupoudrées d’absurde, les scènes sont pourtant justes et c’est pourquoi elles produisent un effet si comique.

Il y a une dame vendant des cigarettes qui connaît mieux Mallarmé que la gagnante de "Questions pour un champion" déstabilisée. Il y a aussi la réunion d’un groupe d’anarchistes où un membre exige plus d’organisation, voire le port de l’uniforme, ou bien encore un homme qui découvre que son collègue est juif et n’arrête pas d’aligner les clichés. Jusqu’au moment où tous se retrouvent face à la mort qui leur apprend que Dieu n’existe pas mais n’apporte pas de réponse à la question indiquée dans le programme de la pièce : "Qu’est-ce qui a deux nez, trois jambes et qui hurle en faisant plouf plouf ?"

En apparence délirant, "Le Purgatoire" est en réalité un spectacle subtil et plein de sens, sobrement mis en scène par Dominique Bréda. Quelques chaises et une table facilement modulables constituent le décor de toutes les situations de la vie quotidienne.

Quant aux cinq comédiens, tous rompus à l’exercice comique, ils ont la capacité de susciter le rire d’un geste, d’une intonation, d’une mimique, souvent sans exagération, dans un jeu plutôt réaliste mais avec ce petit zeste de folie qui les caractérise.

"Le Purgatoire" est un spectacle simple et plein de fraîcheur qui interroge les certitudes sans en avoir l’air.

Bruxelles, La Samaritaine, jusqu’au 19 juin, à 20h30. Durée : env. 1h20. De 8 à 12 €. Infos & rés. : 02.511.33.95, www.lasamaritaine.be