Une vivisection de l’âme

La jeune metteur en scène du remarqué "Anticlimax", cofondatrice de la Cie Mariedl, s’est pour ce nouveau spectacle penchée sur deux textes, "La Mère" de Witkievicz et "Bartleby the Scrivener" de Melville, pour se concentrer d’abord sur la solitude désespérée des personnages qu’elle fait cohabiter avec d’autres, métaphores de leurs démons et de leurs rêves.

M.Ba.
Une vivisection de l’âme
©D.R.

La jeune metteur en scène du remarqué "Anticlimax" (de Werner Schwab, en 2007), cofondatrice de la Cie Mariedl, s’est pour ce nouveau spectacle penchée sur deux textes, "La Mère" de Witkievicz (1924, drame bourgeois qui disjoncte) et "Bartleby the Scrivener" de Melville (1853, nouvelle dont la phrase fétiche du protagoniste, refusant en bloc toute action, donne son titre à la présente création), pour se concentrer d’abord sur la solitude désespérée des personnages qu’elle fait cohabiter avec d’autres, métaphores de leurs démons et de leurs rêves.

Sur ces bases, et nourrie de réflexions sur la mélancolie, abusivement attachée au XIXe siècle mais bien actuelle (elle y voit "un affect violent, délirant, furieux, une sorte d’abattement terrible secoué de phases d’excitation euphoriques, un chagrin dévorant" mais vecteur de création), Selma Alaoui a construit "I would prefer not to" en quatre parties et imaginé des tonalités très diverses. De la poésie et la douceur à l’explosion générale, de l’intimisme feutré à l’extravagance.

Si ses observations sur notre temps sont lucides, implacables même, elle ne revendique que "d’oser pénétrer dans ce "mal du siècle" qu’est la mélancolie avec toute la fougue et la fantaisie que le théâtre permet. [ ] Et maintenant, je rêve : un spectacle qui parlerait du désastre intime et universel - et de la beauté de ce désastre. Un spectacle sur le désespoir - et l’espoir qui peut en jaillir. Un spectacle qui parlerait de la mort et de la destruction avec une théâtralité vive, drôle, régénérante. Un spectacle qui parlerait de la misère du désarroi humain et de la possibilité de transcendance de ce désarroi. Un spectacle d’amour". Avec Anne-Pascale Clairembourg, Damien De Dobbeleer, Anne-Marie Loop, Emilie Maquest, Vincent Minne, Baptiste Sornin.


Bruxelles, Théâtre les Tanneurs, du 22 au 26 février et du 1er au 5 mars. Infos & rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be