L’art du duo

Après le triomphe général que le public a réservé à "Sutra" et "Babel", les deux dernières grandes créations de Sidi Larbi Cherkaoui, "Play", qui se joue quatre soirs à La Monnaie à Bruxelles, à partir de jeudi, ne déçoit pas.

L’art du duo
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Guy Duplat

Après le triomphe général que le public a réservé à "Sutra" et "Babel", les deux dernières grandes créations de Sidi Larbi Cherkaoui, "Play", qui se joue quatre soirs à La Monnaie à Bruxelles, à partir de jeudi, ne déçoit pas. Nous l’avions vu et fortement apprécié, lors de sa création à Anvers, en octobre dernier. On y retrouve la "touche" Cherkaoui qui émeut le public, un mélange de musiques anciennes et de musiques du monde, un dialogue de cultures et, surtout, une joie de danser et de jouer sur scène le jeu de la rencontre avec l’Autre et de la séduction.

Son nouveau spectacle s’appelle d’ailleurs "Play", un mot à comprendre dans tous les sens du terme. C’est un duo, comme Larbi Cherkaoui les aime. Il avait déjà réussi celui avec Akram Khan ("Zero Degrees") et celui avec la danseuse de flamenco Maria Pagés. Un duo intimiste après les spectaculaires "Sutra" et "Babel". C’est Pina Bausch qui est à l’origine du projet, qui lui est d’ailleurs dédié. Elle avait invité Larbi Cherkaoui d’une part, et Shantala Shivalingappa, d’autre part, aux fêtes de la danse, formidables rendez-vous qu’elle organisait dans sa ville de Wuppertal. Et elle suggéra aux deux danseurs, nés tous deux en 1976, de créer un duo. Deux danseurs venus d’horizons si divers (Larbi Cherkaoui est Marocain de père, né à Anvers et Shantala, une Indienne habitant la France, ex-danseuse de Pina Bausch). Ils l’ont entamé à Wuppertal.

"Play" est donc le fruit d’une collaboration entre deux performeurs virtuoses. Shantala Shivalingappa a apporté à Larbi Cherkaoui la danse très raffinée du "kuchipudi", née au XVe siècle et qui donne un travail sophistiqué, surtout pour les bras et les mains.

"Play" parle de cette rencontre progressive, hésitante, entre un homme, une femme et leurs histoires réciproques. On y voit les jeux possibles : jeux de rôle, jeu d’échecs, jeux de cartes, jeux de séduction, mimétisme et masques. Tous les moyens sont mis en œuvre pour se conquérir, explorer les limites réciproques ou simplement se comprendre. Les deux danseurs, malgré ou précisément grâce à leurs antécédents et vocabulaires gestuels différents, tentent de jeter un pont entre eux. Plusieurs scènes sont fort réussies : quand Larbi Cherkaoui tente de suivre les danses indiennes de Shantala, quand on le filme zénithalement et qu’on projette son beau jeu de mains, quand les danseurs et musiciens jouent la musique en frappant la table de leurs mains et que le film montre le ballet des mains ou quand tous jouent ensemble sur le même piano. Le duo touche parfois à Broadway quand les deux danseurs chantent comme des crooners. Les musiciens jouent "live" sur scène et sont formidables, avec râgas indiens, percussions, chants anciens (Patrizia Bovi).

Play, à La Monnaie, du 7 au 10 avril, tout est annoncé sold out, mais on peut tenter sa chance au 070/233939.

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