L’élégance du Trouvère

Monter ‘Il Trovatore’ ? C’est facile ! Il suffit de réunir les quatre meilleurs chanteurs du monde. " Le mot est connu, forcément exagéré mais non dépourvu de fondement.

L’élégance du Trouvère
©Jacques Croisier
Nicolas Blanmont

Monter ‘Il Trovatore’ ? C’est facile ! Il suffit de réunir les quatre meilleurs chanteurs du monde. " Le mot est connu, forcément exagéré mais non dépourvu de fondement. Pour le deuxième ouvrage de la trilogie populaire de Verdi (entre "Rigoletto" et "La Traviata", tous deux bien plus souvent joués), il faut un quatuor vocal de premier plan. Stefano Mazzonis l’a trouvé pour ce "Trouvère" qui fait la rentrée de l’ORW.

Comme pour son récent "Otello", on retrouve d’abord le couple àlavillecommeàlascène formé par Fabio Armiliato e Daniela Dessi. Deux voix qui se marient parfaitement et qui, pour n’être pas sans défaut - lui manquant éventuellement un peu d’éclat, elle bougeant parfois un peu trop dans l’aigu - n’en convainquent pas moins par leur élégante rondeur, leur riche substance, leur égale présence dans tous les registres. Et aussi par l’aisance avec laquelle elles se meuvent dans ce répertoire. Excellents aussi, le baryton Giovanni Meoni (superbes nuances dans "Il balen del suo sorriso") et la mezzo soprano Ann McMahon Quintero, Azucena avec ce qu’il faut de noirceur mais qui ne verse jamais dans la caricature.

Et on s’en voudrait de ne pas citer le remarquable Ferrando de Luciano Montanaro, ou les chœurs de Marcel Seminara. Mais le triomphateur de la soirée, c’est aussi l’Orchestre de l’Opéra de Wallonie, qu’on sent en pleine tendance ascendante, compact, net et fort de quelques superbes timbres. Le travail de Paolo Arrivabeni porte décidément ses fruits. Le chef italien est nouveau magnifique, insufflant à l’action une énergie constante mais sans jamais renoncer, jusque dans les rubatos de "Tacea la notte", à son souci d’élégance. Le conseil d’administration de l’ORW vient de renouveler son mandat jusque 2017 - comme il l’a fait pour l’intendant Stefano Mazzonis - et c’est une excellente nouvelle pour la maison liégeoise.

L’élégance marque également la vision scénique de Stefano Vizioli. Rien de révolutionnaire, certes, dans les décors et costumes d’Alessandro Ciammarughi, deux immenses escaliers d’argent noir qui s’agencent et se déplacent pour se faire bûcher, machines de guerre ou prison ; rien d’inattendu, non plus, dans les scènes d’armes réglées au millimètre près. Mais une indéniable efficacité dans la gestion de grandes masses et même, se développant au fil de la soirée - et surtout aux troisième et quatrième actes - une direction d’acteurs qui donne peu à peu de la substance aux personnages. Avec, comme l’annonçait le metteur en scène italien ("La Libre" du 14 septembre) une nette préférence pour Leonora, bien mieux maîtresse de la situation que ses deux prétendants.


Liège, Palais Opéra, dimanche 18 à 15h, les 20, 23 et 27 septembre à 20 h,; 04.221.47.22, www.operaliege.be. Charleroi, Palais des Beaux-arts, samedi 1er octobre à 20h. Direct le 20 à 20h sur www.dailymotion.com/operaliege

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