Brève

Universel. Comme les autres arts, le cinéma a régulièrement mis en scène Médée. Pasolini lui a consacré un film en 1969 avec Maria Callas, Lars Von Trier, en 1988, et l’Italien Tonino De Bernardi a signé, en 2007, "Médée Miracle", avec Isabelle Huppert, film non distribué chez nous (mais présenté le 18 septembre dernier en projection unique par la Monnaie et l’Arenberg). En Belgique, Joachim Lafosse nourrit, autour de la figure et du thème qui y est attaché, une réflexion particulière. Son premier long métrage, "Folie privée" (2004), mettait déjà en scène un infanticide. Et même si ce dernier était le fait, accidentel (ou inconscient), du père, l’origine du scénario, coécrit avec Kris Cuppens, était explicitement formulé par le réalisateur à l’époque : "Avec Kris, il nous arrivait de discuter de la séparation, de la famille. Avec mes histoires personnelles mélangées aux siennes, on s’est dit que la Médée d’Euripide constituait un bon outil pour nous permettre de prendre de la distance par rapport aux matériaux autobiographiques sur lesquels nous avions envie de travailler." Faisant le lien entre "Folie privée" et une des lectures du mythe, tout en s’inspirant d’un fait divers survenu dans les Ardennes, Joachim Lafosse qualifiait encore précisément "le refus de la séparation", au cœur de son film, comme une "pathologie".

Universel. Comme les autres arts, le cinéma a régulièrement mis en scène Médée. Pasolini lui a consacré un film en 1969 avec Maria Callas, Lars Von Trier, en 1988, et l’Italien Tonino De Bernardi a signé, en 2007, "Médée Miracle", avec Isabelle Huppert, film non distribué chez nous (mais présenté le 18 septembre dernier en projection unique par la Monnaie et l’Arenberg). En Belgique, Joachim Lafosse nourrit, autour de la figure et du thème qui y est attaché, une réflexion particulière. Son premier long métrage, "Folie privée" (2004), mettait déjà en scène un infanticide. Et même si ce dernier était le fait, accidentel (ou inconscient), du père, l’origine du scénario, coécrit avec Kris Cuppens, était explicitement formulé par le réalisateur à l’époque : "Avec Kris, il nous arrivait de discuter de la séparation, de la famille. Avec mes histoires personnelles mélangées aux siennes, on s’est dit que la Médée d’Euripide constituait un bon outil pour nous permettre de prendre de la distance par rapport aux matériaux autobiographiques sur lesquels nous avions envie de travailler." Faisant le lien entre "Folie privée" et une des lectures du mythe, tout en s’inspirant d’un fait divers survenu dans les Ardennes, Joachim Lafosse qualifiait encore précisément "le refus de la séparation", au cœur de son film, comme une "pathologie".

Comme un miroir, "Nue propriété" (2006) contait l’affrontement entre deux frères et leur mère divorcée qui, soucieuse de refaire sa vie, désirait vendre la maison familiale. Encore une fois, le refus de la séparation débouchait sur le drame - cette fois un fratricide. Isabelle Huppert, Médée notable, incarnait la mère infantilisée du film.

Sans surprise, le réalisateur a développé le scénario de son prochain film, "Nos enfants", en s’inspirant librement de l’affaire Lhermitte. Loin de vouloir adapter au grand écran le terrible quintuple infanticide, c’est son essence que souhaite explorer Joachim Lafosse par le biais de la fiction : qu’est-ce qui peut pousser une mère (ou un père, comme dans "Folie privée") à commettre l’impensable ? Du mythe à la réalité réinterprétée, son œuvre revient à la même question : qu’est-ce qui pousse à "aimer à en perdre la raison" (titre initial de "Nos enfants") ? "Si, depuis plus de deux millénaires, on rejoue Médée et les grandes tragédies grecques au théâtre, c’est bien parce qu’elles ont quelque chose d’universel", notait Joachim Lafosse l’année dernière dans un entretien avec notre confrère Boyd Van Hoeij. (A.Lo.)

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