La solitude au cœur de la foule

L’ouverture aux autres peut être plus ou moins brutale. Pour Max, le personnage principal de "Désordre public" d’Evelyne de la Chenelière, l’apprentissage est plutôt radical il entend les pensées des gens qui voyagent avec lui dans l’autobus.

La solitude au cœur de la foule
©José Pombo
Camille de Marcilly

L’ouverture aux autres peut être plus ou moins brutale. Pour Max, le personnage principal de "Désordre public" d’Evelyne de la Chenelière, l’apprentissage est plutôt radical il entend les pensées des gens qui voyagent avec lui dans l’autobus. L’auteure québécoise, née en 1975, n’en est pas à son coup d’essai. Lauréate de nombreux prix, elle a signé, entre autres, "Des Fraises en janvier", monté à Paris et à Bruxelles - à l’affiche du centre culturel des Riches Claires le 17 octobre dans une mise en scène de la compagnie "RacKs à NiaK". Avec "Désordre public", Evelyne de la Chenelière livre une cinquantaine de séquences courtes, fruit d’une expérience théâtrale où, chaque soir de représentation à Montréal, pendant un mois, elle a dû modifier son texte. Olivier Coyette - qui interprète le rôle principal - met en scène ce spectacle étrange saupoudré de tendresse et d’humour où un homme, comédien au chômage égocentrique entend les pensées des gens et perçoit leurs doutes, leurs interrogations et leurs douleurs. D’abord intrigué puis pensant devenir fou, il fait peu à peu l’apprentissage de l’écoute et de la compassion.

Autour de lui gravitent une trentaine de personnages dont Ariane le Tendre, une grande actrice, son amour passé qu’il tente de reconquérir, la voisine d’Ariane, jalouse de son succès et un enfant de huit ans surdoué. Olivier Coyette, Benjamin Boutboul, Sophie Jonniaux, Virgile Magniette, Mirabelle Santkin et Emilienne Tempels donnent corps à ce foisonnement de personnages en changeant de perruques et de costumes à vue, en fond de scène. Cette multitude de personnages insuffle un dynamisme au spectacle mais certains manquent de profondeur ou frisent la caricature. L’écart de jeu se creuse aussi entre Olivier Coyette (Max), froid, distant, et la troupe de jeunes acteurs enthousiastes qui se donne sans compter, notamment dans les intermèdes musicaux - dont le sens est parfois difficile à cerner. Dommage que la cinquantaine de séquences n’a pas été mise en scène avec un rythme plus soutenu et saccadé, là, les passages flous laissent la place à un manque d’intensité. Le thème abordé, pourtant, est cristallisé sous nos yeux avec ingéniosité et quelques bonnes trouvailles. "Le monde m’étouffe, le monde m’étrangle", se plaint Max. Les autres le renvoient à son propre manque de confiance en soi, à ses échecs, à son incapacité à aimer et surtout, à sa solitude. Seul au cœur de la foule, il "radiographie" la société contemporaine et met en lumière ses maux et ses ratés.


Bruxelles, Théâtre le Public, salle des voûtes, jusqu’au 5 novembre. Durée : env. 1h45. De 8 à 25 €. Infos : 0800.944.44 et www.theatrelepublic.be

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