Tom Lanoye en guerre contre les nationalismes

Le Rideau de Bruxelles montre une belle ambition en affichant pour sa rentrée "Mamma Medea", la pièce du grand auteur flamand Tom Lanoye, mise en scène par Christophe Sermet, artiste associé, avec une ample distribution. Dans les rôles de Médée et Jason, on retrouve le couple à la ville comme à la scène de Claire Bodson et Yannick Renier (le couple d’"Élève libre"). Audace supplémentaire, la pièce sera jouée en français avec surtitres flamands au Kriekelaar, le centre culturel flamand de Schaerbeek, un point loin d’être anecdotique car il est au cœur du propos. Tom Lanoye s’est emparé de la tragédie d’Euripide mais tisse de nombreux liens avec aujourd’hui. Par sa langue fastueuse, il en fait aussi une arme contre les nationalismes. En juillet, à Avignon, il nous expliquait : "Médée est la Barbare qui lutte contre Jason et s’affirme autant qu’un homme. Elle se bat pour ses droits. En néerlandais, la pièce était jouée par des Flamands pour les barbares et par des Hollandais pour les rôles des Grecs. Je ne sais pas ce que fera Christophe Sermet. Prendra-t-il un équilibre Carolos/Bruxellois ? La version idéale serait bilingue où un jour les barbares seraient joués par des Flamands et les Grecs par des francophones, et l’autre jour l’inverse ! Car le grand danger est celui de la monoculture. Si la Belgique, avec sa diversité communautaire, cessait d’exister, c’est tout le projet européen qui s’effondrerait. Moi, je n’ai pas besoin de la disparition de la Belgique pour être flamand."

Guy Duplat

Le Rideau de Bruxelles montre une belle ambition en affichant pour sa rentrée "Mamma Medea", la pièce du grand auteur flamand Tom Lanoye, mise en scène par Christophe Sermet, artiste associé, avec une ample distribution. Dans les rôles de Médée et Jason, on retrouve le couple à la ville comme à la scène de Claire Bodson et Yannick Renier (le couple d’"Élève libre"). Audace supplémentaire, la pièce sera jouée en français avec surtitres flamands au Kriekelaar, le centre culturel flamand de Schaerbeek, un point loin d’être anecdotique car il est au cœur du propos. Tom Lanoye s’est emparé de la tragédie d’Euripide mais tisse de nombreux liens avec aujourd’hui. Par sa langue fastueuse, il en fait aussi une arme contre les nationalismes. En juillet, à Avignon, il nous expliquait : "Médée est la Barbare qui lutte contre Jason et s’affirme autant qu’un homme. Elle se bat pour ses droits. En néerlandais, la pièce était jouée par des Flamands pour les barbares et par des Hollandais pour les rôles des Grecs. Je ne sais pas ce que fera Christophe Sermet. Prendra-t-il un équilibre Carolos/Bruxellois ? La version idéale serait bilingue où un jour les barbares seraient joués par des Flamands et les Grecs par des francophones, et l’autre jour l’inverse ! Car le grand danger est celui de la monoculture. Si la Belgique, avec sa diversité communautaire, cessait d’exister, c’est tout le projet européen qui s’effondrerait. Moi, je n’ai pas besoin de la disparition de la Belgique pour être flamand."

L’excellente traduction d’Alain Van Grugtem répond à ces questions : les Barbares parlent en vers avec des belgicismes et des syllabes avalées ("votre père" devient "vot’ per’") tandis que les Grecs parlent une prose sans fautes. A ne pas rater.

Bruxelles, De Kriekelaar, du 11 au 29 octobre. Infos & rés. : 02.737.16.01, www.rideaudebruxelles.be