Grupo Corpo, la sensualité épicée

Vendredi soir, au Théâtre National, régnait la même électricité que quelques mois auparavant au théâtre municipal de Rio de Janeiro. Partout où le Grupo Corpo se produit, il fait frémir le public d’admiration.

Grupo Corpo, la sensualité épicée
©D.R.
Camille de Marcilly

Vendredi soir, au Théâtre National, régnait la même électricité que quelques mois auparavant au théâtre municipal de Rio de Janeiro. Partout où le Grupo Corpo se produit, il fait frémir le public d’admiration. Fondée en 1975 par la famille Pedeirnas, la compagnie de danse a pour base Belo Horizonte dans la province du Minas Gerais, au Brésil, mais tourne sans cesse dans le monde entier avec plus de quatre-vingts représentations par an. Pas une manifestation autour de la culture brésilienne sans le Grupo Corpo, devenu emblématique.

Pour Europalia, le chorégraphe Rodrigo Pedeirnas a choisi parmi les trente-cinq chorégraphies, deux pièces d’importance, "Parabelo" (1997) et "Onqotô" (2005), créée pour les trente ans de la compagnie. La première nous emmène dans le Nordeste où l’aridité du travail agraire se traduit sur les corps. Inspirée des rythmes et des chants de la région, la musique de Tom Zé et José Miguel Wisnik composée pour la chorégraphie réunit des instruments traditionnels brésiliens. Les vingt danseurs, en groupe, en duo, trio souvent en canon mais toujours synchrones enchaînent les sauts, les cambrés, les grands battements sans oublier ces petits pas et cette ondulation du torse et des hanches, signature de Rodrigo Pedeirnas. Dans cette chorégraphie extrêmement précise, mêlant techniques classique et contemporaine, les danseurs font preuve d’une force et d’une souplesse fabuleuses, mettant leur corps au service de l’histoire.

Pour "Onqotô", un mur de lamelles de tissu noir forme un espace circulaire, un espace de vie où les danseurs peuvent soudain surgir du néant. Sur une musique frénétique, rythmée et sensuelle de Caetano Veloso et José Miguel Wisnik, les danseurs interprètent l’origine du monde, l’avant-big bang, tantôt explosion de groupes aux mouvements saccadés tantôt union des corps langoureuse. Un tableau particulièrement intense oppose un couple de femmes aux gestes tendres et amples à un couple hétérosexuel athlétique et fougueux. Dans ce spectacle, la prouesse technique est à son comble tant les portés, les sauts et les figures ne semblent tenir compte de l’apesanteur et jamais une marque d’effort apparaît. Exubérante, joyeuse, magnifique, la fluidité et l’énergie des corps d’un érotisme délicat et assumé, envoûte et stupéfie de beauté tant la culture brésilienne se marie à merveille avec les codes occidentaux.

Infos : www.grupocorpo.com.br

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