Décalé, inégal et caustique

C’était à la fin des années 80. Un quasi-ovni déboulait sur les petits écrans. Quasi car précédé du loufoque "Merci Bernard". Ovni tout de même : la série écrite par Jean-Michel Ribes utilisait des codes connus - ou du moins fantasmés -, ceux des hôtels de luxe, pour mieux les secouer.

Décalé, inégal et caustique
©Comédie de Bruxelles
Marie Baudet

C’était à la fin des années 80. Un quasi-ovni déboulait sur les petits écrans. Quasi car précédé du loufoque "Merci Bernard". Ovni tout de même : la série écrite par Jean-Michel Ribes utilisait des codes connus - ou du moins fantasmés -, ceux des hôtels de luxe, pour mieux les secouer.

Rediffusions et DVD ont contribué à la renommée des six épisodes de 90 minutes de "Palace", aussi la série a-t-elle ses aficionados de tous âges. C’est à eux au premier chef que s’adresse le spectacle festif conçu et mis en scène par Daniel Hanssens, qui a rassemblé une distribution d’inconditionnels de la chose : 17 acteurs (Rosalia Cuevas, Laure Godisiabois, Daniel Hanssens, Valérie Marchant, Benoît Pauwels, Michel Poncelet, Pascal Racan, Victor Scheffer) et danseurs (Virginie Benoist, Gauthier Bourgois, Madeleine Cantarella, Evelyne Demaude, Madline Marbaix-Madinier, Frédérique Massinon, Maud Pelgrims, Aline Salvé, Azzam Wohan) habitent une habile scénographie. Francesco Deleo a réussi à figurer sur un seul plateau le hall avec son grand escalier surplombé d’une galerie, la porte à tambour et le comptoir du concierge, mais encore une esquisse de restaurant et une autre de terrasse.

Aux contraintes scéniques se sont ajoutés, dans les choix opérés parmi la foisonnante matière de "Palace", le rythme des séquences et leur opportunité au théâtre. Sans oublier la subjectivité assumée par le metteur en scène et comédien - dont le concierge, tout en finesse, est l’un des pivots du spectacle. L’autre étant le directeur impassible ou presque de Michel Carcan. Qui, bien entendu, a affaire au sempiternel client mécontent, dont il retourne à chaque fois la plainte avec un absurde panache. On soulignera la prouesse de Rosalia Cuevas, jouant avec un bras plâtré en raison d’un accident de répétitions. Et aussi l’épatant tempérament à la fois comique et glamour de Laure Godisiabois, très à sa place en Lady Palace. Entre autres. Car les acteurs changent de rôle - et de costume - avec prestesse.

Inégal par nature - c’est le lot des spectacles à sketches -, souffrant un peu de la géographie de la grande salle du Egg (tout en longueur, 750 places) et des couacs minimes d’une première pour une entreprise de cette envergure, dont les mouvements doivent être réglés au millimètre, "Palace" est aussi parfois trivial, volontiers caustique, et souvent délicieusement décalé. Peut-être un poil trop pour les profanes, mais un festival de madeleines pour les fans.


Bruxelles, The Egg, encore les 9 et 10 décembre, à 20h30. Durée : 2h env., entracte compris. De 20 à 28 €. Infos & rés. : 070.75.42.42, www.comediedebruxelles.be Centre culturel d’Uccle, du 13 au 31 décembre, à 20h15 (le 24 à 19h, le 31 à 19h et 22h30). De 20 à 39 € (99 € buffet compris pour le réveillon). Infos & rés. : 02.374.64.84, www.ccu.be

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