Luxueux "Opéra du pauvre"

Atypique, posthume, peut-être même apocryphe (l’auteur avait soumis la reprise de son œuvre "à conditions"), l’"Opéra du pauvre" de Ferré (1983) a été présenté mardi soir au Manège, à Mons, dans une version nouvelle et élargie, signée Thierry Poquet.

Luxueux "Opéra du pauvre"
©Isabelle Francaix
Martine D. Mergeay

Atypique, posthume, peut-être même apocryphe (l’auteur avait soumis la reprise de son œuvre "à conditions"), l’"Opéra du pauvre" de Ferré (1983) a été présenté mardi soir au Manège, à Mons, dans une version nouvelle et élargie, signée Thierry Poquet pour la mise en scène et Jean-Paul Dessy pour la direction musicale. Public nombreux et jeune, d’abord intrigué et bientôt subjugué. Car il s’agit d’un procès hors normes : celui de la Nuit, accusée par les Animaux - détour poétique par excellence - d’avoir dérobé leur ombre. L’enquête sera le fil conducteur (et la source du suspense), la force du texte, le raffinement de la mise en scène et l’engagement des actants feront le reste.

Luxueux, l’opéra du pauvre ? On ose l’oxymore en précisant que le luxe est ici d’avoir osé la virtuosité et donné l’illusion de la simplicité par le choix judicieux des moyens (jeux de lumières, vidéos, projections etc.).

Ils sont huit comédiens à mener le procès, passant parfois d’un rôle à l’autre, et du texte au chant ou à la danse, selon une direction d’acteur millimétrée. Avec eux, le texte de Ferré circule et opère, mystérieux, ésotérique et péremptoire (le Corbeau nous met à l’aise : "Je ne comprends RIEN de ce que vous me dites", lance-t-il aux témoins), faisant se recouvrir peu à peu la Nuit et la Femme, transformant le procès de l’une en la célébration de l’autre avant de s’enrouler sur lui-même et de s’envoler pour n’être plus que Poésie.

Promu chœur antique, l’orchestre (5 cordes, 6 vents et un piano, côté cour de la scène) prend activement part au débat : tantôt il accompagne le chant, tantôt il soutient la parole (selon la technique du "mélodrame", où l’acteur scande son texte), tantôt il mène le jeu, tantôt encore, il se tait et écoute La musique est ici efficace sans être simpliste, orchestrée avec soin, et portée par des musiciens de premier plan (luxe encore). Deux réserves : le niveau de décibels, déjà descendu par rapport aux répétitions mais toujours perturbant sur les textes parlés. Et le postlude tenu par Michel Hermon sur fond de percussions : un brillant morceau de bravoure issu de "La vie d’artiste", dont le rajout, décroché du contexte, plombe la fin de la pièce.

Avec Delphine Gardin (la Nuit), Michel Hermon (le Hibou/Poète), Christian Crahay (le Corbeau/Juge), Lofti Yahia (le Coq), Thomas Dechaufour (le Chat/Greffier), Nathalie Cornet, Muriel Legrand et Patrick Sourdeval (les autres rôles), tous épatants.


A Mons, Manège, jusqu’au 9 décembre (065.39.59.39, www.lemanege.com), à Bruxelles, Cirque royal, le 14 décembre (02.218.37.32, www.botanique.be), à Liège, Théâtre de la Place, du 20 au 22 décembre (04.342.00.00, www.theatredelaplace.be), ensuite à Valenciennes, Luxembourg et Grenoble. Infos : www.musiquesnouvelles.com

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