Guillon selon Stéphane

Vous vous décrivez comme un artiste engagé mais la droite, la gauche et les humanistes en prennent pour leur grade. Vers quoi êtes-vous donc engagé?

Guillon selon Stéphane
Aurélie Moreau

Vous vous décrivez comme un artiste engagé mais la droite, la gauche et les humanistes en prennent pour leur grade. Vers quoi êtes-vous donc engagé?

Je me considère comme un humoriste engagé mais aussi et surtout comme un humoriste qui essaie de faire rire, sur des sujets graves ou universels comme la crise, l’injustice de la naissance, le vieillissement, la mort. On résume souvent mon spectacle à la revue de presse alors qu’elle ne dure que 20 minutes et que deux autres heures sont réservées à des sujets qui ne sont pas politiques. Je me considère donc comme un humoriste qui essaie de dire des choses et de provoquer un rire qui fait sens. Je n’écrirai pas sur un moniteur d’auto-école bègue et dyslexique par exemple.

Humaniste désabusé ?

Oui, comme beaucoup d’autres artistes. Je cite souvent Beaumarchais : "Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer." Rire des choses, c’est une manière de les rendre plus supportables. C’est une défense. Rire de la mort par exemple, c’est espérer la repousser.

Politiquement correct ?

Pas vraiment. Eric Zemmour essaie toujours de me choper là-dessus en me disant : "Plus politiquement correct que vous, ça n’existe pas." Dire que le lieu de naissance à New York ou en Syrie sous Al-Assad est la première injustice, est-ce vraiment politiquement correct ? C’est comme quand j’écris sur la pollution. Est-ce politiquement correct de dire que ça pollue de vaporiser ses chiottes alors qu’il suffirait d’ouvrir la fenêtre ?

Faut-il y voir les raisons de votre indignation contre le gouvernement Sarkozy ?

Oui, parce qu’il fait de la politique à des fins bassement électoralistes. Le Grenelle de l’environnement par exemple. Il a intégré les revendications écolo pour piquer les électeurs verts et parce que c’est "bon chic bon genre". Mais quand il a fallu soutenir les agriculteurs, il a subitement oublié ses revendications. Il y a des tas d’autres exemples. Ce cynisme permanent me révolte.

Lors de votre mariage à la mairie vous avez remplacé la photo du président par celle de François Hollande. Une plaisanterie ou une façon de nous dire que le candidat socialiste a obtenu votre approbation ?

C’était juste pour faire rire la noce. Ça n’avait pas vocation à sortir sur la place publique. Il se trouve qu’il y avait un paparazzi dans l’assistance. Et donc en sortant, ça a fait rire une grosse partie de la France. Je dis tant mieux car je ne vais pas vous cacher que j’aime ce genre de bras d’honneur, j’en suis friand et je l’assume totalement. Si en prime ça a pu emmerder certaines personnes

Dans votre spectacle, vous pensiez que DSK gagnerait les primaires. Mais vous ne pouviez pas prévoir l’affaire du Sofitel ! Quelle à été votre réaction ?

Je ne me suis pas exprimé et j’ai observé d’un œil amusé, au départ. Moins maintenant parce que ça sombre dans le glauque et j’ai trouvé les révélations de certains journaux indignes. Mais je me suis souvenu que mes ennuis à France Inter avaient démarré à ce moment-là. On parlait tout à l’heure de réhabilitation. Eh bien le fait d’avoir gagné mon procès et cette affaire DSK qui me donnait raison - à titre posthume - oui, ça m’a fait rire.

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