"L’Idiot", version telenovelas

La "plus petite metteur en scène du Brésil" (en taille!) s’est attelée à un défi gigantesque : adapter et monter "L’Idiot" de Dostoïevski pour la scène. Avec son comparse de toujours, le comédien Aury Porto qui signe la dramaturgie et interprète le rôle principal, le prince Mychkine.

"L’Idiot", version telenovelas
Camille de Marcilly

à Saõ Paulo

La "plus petite metteur en scène du Brésil" (en taille !) s’est attelée à un défi gigantesque : adapter et monter "L’Idiot" de Dostoïevski pour la scène. Avec son comparse de toujours, le comédien Aury Porto qui signe la dramaturgie et interprète le rôle principal, le prince Mychkine, Cibele Forjaz a commencé à travailler sur le texte il y a plus de quatre ans. Comment adapter pour le théâtre ce roman-fleuve qui raconte l’arrivée du prince à Saint-Pétersbourg après toute sa jeunesse passée dans un sanatorium en Suisse pour soigner son épilepsie ? De nombreux événements se succédent, emmenant le jeune homme dans un tourbillon d’intrigues amoureuses.

A Saõ Paulo, Cibele Forjaz détaille le processus de création : "Nous avons commencé par un semestre de lectures collectives et la synthèse de tous les chapitres du livre. Chaque étape de la création a été ouverte au public qui nous a accompagnés pendant deux ans. Après cette phase, nous avons travaillé autour du thème de purgatoire puis nous avons improvisé tout le roman à partir d’un canevas, pendant six mois. Enfin, nous nous sommes concentrés sur les personnages." C’est donc au terme de ce long travail préparatoire que les neuf comédiens ont pu s’emparer de leur rôle, de leur texte et que les "véritables" répétitions ont commencé, ouvertes, comme toujours, au public. "Nous organisions des workshops, des dégustations scéniques où l’on demandait l’avis du public chapitre par chapitre. Les retours étaient très positifs et constructifs."

La première a eu lieu il y a presque deux ans. Depuis, le succès ne s’est jamais démenti au Brésil. Mais pourquoi un tel engouement des Brésiliens pour une œuvre russe ? "La Russie et le Brésil ont beaucoup en commun ! La passion, la folie, et bien sûr la forme. La construction du roman est comme un feuilleton et ici, au Brésil, les telenovelas ont énormément de succès. Les spectateurs sont très familiarisés avec cette forme narrative, c’est extrêmement populaire. Et il y a toutes les histoires mystérieuses, ces intrigues amoureuses Le suspense est omniprésent, de scène en scène, on capture le spectateur."

Pour cette mise en scène ambitieuse, Cibele Forjaz a choisi de ne pas séparer la salle de la scène, le public fait donc partie du spectacle. "Les spectateurs jouent avec les comédiens. Il n’est pas rare que quelqu’un se lève et réponde à un acteur. Au début, tout le monde est dans un train, le public aussi. Il était très important de créer une communication étroite entre les comédiens et les spectateurs. Tout l’aspect comique est d’ailleurs né des réactions des gens et de ce rapport que l’on a avec eux."

Pour la première fois en Europe grâce à Europalia Brésil, les comédiens devront se confronter à un obstacle nouveau : le surtitrage. "L’idée est que les sous-titres soient manipulés par plusieurs personnes et avec des mouvements. Il faut trouver les angles pour que le spectateur porte d’abord le regard sur la scène et ensuite sur l’écran, nous y travaillons. Le livre est aussi un personnage. On va faire comme si le surtitrage sortait du livre. Il y aura donc une présence de Dostoïevski !" Multipliant les péripéties comme un feuilleton télévisé, l’histoire comportera plusieurs "niveaux" en fonction des moments de délire du prince Mychkine et "des réflexions profondes, philosophiques et esthétiques de Dostoïevski". Une expérience théâtrale à découvrir !

Bruxelles, Théâtre National, studio, première et deuxième partie le 13 décembre à 19h30 (durée : 4h30 avec entracte de 30 minutes), troisième partie le 14 décembre (durée : 2h30). Chaque soirée peut être vue indépendamment l’une de l’autre. Spectacle en portugais surtitré en français et néerlandais. De 12 à 22 €. Infos : 02.203.53.03. et www.theatrenational.be

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