El Greco et les Modernistes

Nous espérions beaucoup d’une confrontation insolite, qui avait toutes ses raisons d’être, une exposition, en 1912, à Düsseldorf, d’El Greco (1541-1614), ayant alors agi en coup de foudre sur les Expressionnistes allemands. Avec cette quasi-insurrection d’un Greco, alors complètement ignoré outre-Rhin, l’exposition fit un tel tabac et marqua à ce point les esprits que nombre d’artistes rhénans souscrivirent aussitôt à sa manière d’attaquer la toile, de la composer, d’en accuser les temps forts. Des Allemands furent ainsi touchés mais aussi des Français qui, tels Cézanne, Picasso ou Delaunay, avaient pu voir des Greco présents aux cimaises du Louvre depuis 1838.

Roger Pierre Turine

Nous espérions beaucoup d’une confrontation insolite, qui avait toutes ses raisons d’être, une exposition, en 1912, à Düsseldorf, d’El Greco (1541-1614), ayant alors agi en coup de foudre sur les Expressionnistes allemands. Avec cette quasi-insurrection d’un Greco, alors complètement ignoré outre-Rhin, l’exposition fit un tel tabac et marqua à ce point les esprits que nombre d’artistes rhénans souscrivirent aussitôt à sa manière d’attaquer la toile, de la composer, d’en accuser les temps forts. Des Allemands furent ainsi touchés mais aussi des Français qui, tels Cézanne, Picasso ou Delaunay, avaient pu voir des Greco présents aux cimaises du Louvre depuis 1838.

L’actuelle démonstration démarre en force, qui réunit une quarantaine de fort bons Greco et huit peintures dites de son atelier (tableaux en provenance des plus grands musées du monde), auxquels sont progressivement confrontées six ou sept dizaines de pièces du début du XXe siècle. Mais, si l’aventure fonctionne relativement bien au début, elle devient vite hasardeuse et, i n fine , ennuyeuse quand, à côté de maîtres allemands notoires, tels Meidner, Kirchner, Beckmann, Lehmbruck ou Kokoschka, s’agitent des seconds ou troisièmes couteaux souvent peu avenants, peu inspirés.

Dommage ! On accepte volontiers l’originalité de la démarche, car cette emprise du Greco à trois siècles de distance, était souvent ignorée du grand public, mais nous pensons dur comme fer qu’il eût été plus probant et excitant de mieux corseter la confrontation, de la réduire aux Greco d’une part et, de l’autre, aux tableaux majeurs des meilleurs expressionnistes ! Ces réserves critiques faites, c’est évidemment un grand bonheur de revoir des Greco qui ne cessent de fasciner, qu’il s’agisse de ses paysages, de ses portraits, de ses scènes bibliques.

Et puis, quelques rapprochements réussis entre le Crétois, né Dominikos Theotokopoulos et reconverti en El Greco une fois installé à Tolède, et les influences exercées trois cents ans plus tard sur des artistes soudain émus par son esprit novateur, sont étonnants de vérité. Ainsi de la rencontre, à cent ans de distance, entre le "Laocoon" et Tolède du Greco, en provenance de Washington, et les paysages en folie de Ludwig Meidner, entre une "Descente de Croix" de Beckmann, du MoMa, et "El Espolio" du Greco. Autre belle rencontre : celle de quatre Greco autour de "Saint François en prière" face à quatre modernes peu ou prou inspirés par la thématique. Temps fort encore que celui qui oppose une "Agonie" d’Egon Schiele et un double autoportrait du même à un "Saint François recevant les stigmates" du Greco.

Ce dernier fascina par la transformation de son style, classique au départ, en un maniérisme qui, à Tolède, l’incita à étirer ses corps pour en renforcer la spiritualité. Une expo qui interpelle mais se perd en cours de route !

Au Stiftung Museum Kunstpalast, Ehrenhof, 4-5, Düsseldorf. Jusqu’au 12 août. Infos : www.smkp.de

A Düsseldorf avec Thalys, direct ou via Köln : www.thalys.com