L’effarante misère

Auteur de théâtre et de nouvelles, Thomas Depryck est également dramaturge pour les spectacles d’Antoine Laubin. A ce dernier, on doit une mémorable découverte en 2010 : "Les Langues parternelles", d’après le roman de David Serge. Le nouveau spectacle de sa Cie De Facto est issu d’un constat. Si l’auteur et le metteur en scène ont choisi de s’attaquer au sujet "très casse-gueule" des SDF, c’est "parce que nous étions très régulièrement atterrés par la manière dont tout le monde en parle : pouvoirs publics, médias, démarches artistiques diverses. On trouvait que c’était toujours un peu à côté".

M.Ba.

Auteur de théâtre et de nouvelles, Thomas Depryck est également dramaturge pour les spectacles d’Antoine Laubin. A ce dernier, on doit une mémorable découverte en 2010 : "Les Langues parternelles", d’après le roman de David Serge. Le nouveau spectacle de sa Cie De Facto est issu d’un constat. Si l’auteur et le metteur en scène ont choisi de s’attaquer au sujet "très casse-gueule" des SDF, c’est "parce que nous étions très régulièrement atterrés par la manière dont tout le monde en parle : pouvoirs publics, médias, démarches artistiques diverses. On trouvait que c’était toujours un peu à côté".

Leur recherche les a menés vers les textes de Patrick Declerck, dont "Le Sang nouveau est arrivé", notamment, développe l’idée que "l’oisiveté se paie par la souffrance et la mort, et que la société a besoin d’avoir sous les yeux cette figure de repoussoir qu’est le clochard pour s’en rappeler", explique Antoine Laubin. L’idée, terrible, l’est d’autant plus que les conditions de vie des clochards sont - ainsi que les décrit Declerck dans "Les Naufragés" - insoutenables et pourtant bien réelles.

"Dehors", dès lors, s’est construit en deux temps. D’abord, les acteurs (qui sont là en tant qu’eux-mêmes et pas pour incarner de manière naturaliste les SDF), partageant avec les spectateurs un même espace, transmettent des paroles de sans-abri. Ensuite, "on essaie de décortiquer comment ces paroles peuvent naître au travers de plusieurs situations emblématiques, et surtout comment les acteurs se débrouillent avec le fait de devoir gérer ça". Cette deuxième partie est chronométrée : 5000 secondes pour tenter de faire le tour du sujet. Alors que vingt scènes courtes sont tirées au sort, composant un spectacle différent chaque soir.

"Quand on veut, on peut", entend-on souvent. Or, "ce qu’on appelle volonté n’est souvent que le plus profond de nos désirs, mais on ne maîtrise pas ses désirs, il est peut-être donc illusoire de penser qu’on est maître de son destin...". En outre, "Dehors", comme l’indique son titre même, questionne la notion de frontière, de marge. Vivant dans la rue, est-on véritablement hors de la société ou néanmoins dedans ?

Car il s’agit toujours de vivre ensemble : c’est bien le sujet qu’Antoine Laubin et les acteurs (Caroline Berliner, Coraline Clément, Denis Laujol, Jérôme Nayer, Hervé Piron, Renaud Van Camp) s’attachent à traiter sans œillères.

Namur, Grand Manège, du 11 au 20 octobre. Infos & rés.: 081.226.026, www.theatredenamur.be

Le spectacle s’inscrit dans le projet "Ressources humaines ?! " du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) qui propose diverses activités : expo, atelier d’écriture, rencontre-débat... Infos : 081.25.61.68.