Eric de Staercke reprend les Riches-Claires

Comédien, auteur, metteur en scène, Eric de Staercke est un artiste aux multiples talents. Lié depuis longtemps au centre culturel bruxellois des Riches-Claires, il vient d’être nommé à sa tête et entrera en fonction au mois de juin. Entretien.

Eric de Staercke reprend les Riches-Claires
©Johanna de Tessieres
Camille de Marcilly

Comédien, auteur, metteur en scène, Eric de Staercke est un artiste aux multiples talents. Lié depuis longtemps au centre culturel bruxellois des Riches-Claires, que ce soit en y foulant les planches avec sa compagnie, le Théâtre Loyal du Trac, ou en mettant en scène des spectacles - ceux du Panach’Club, par exemple -, il vient d’être nommé à sa tête et entrera en fonction au mois de juin.

Pourquoi avez-vous postulé à la direction des Riches-Claires ?

Je n’étais pas du tout candidat au départ ! Il y a douze-treize ans, Jacques Viala, qui dirigeait les Riches-Claires avant Mélanie Lalieu, m’a demandé de rentrer au conseil d’administration parce qu’il n’y avait pas d’artiste au sein du CA du centre culturel. Je suis devenu trésorier et j’ai commencé à m’intéresser au projet. Quand Mélanie Lalieu a annoncé qu’elle allait partir, on a lancé un appel à candidatures et il fallait établir un profil. Je me suis pris au jeu et j’ai finalement décidé de me présenter parce que c’était le meilleur moyen d’aller au bout de cette démarche.

Qu’avez-vous proposé au jury ?

J’ai donné une réflexion sur le centre culturel que les membres du conseil d’administration pouvaient très bien transmettre à quelqu’un d’autre : qu’est-ce qu’on peut bien faire avec un centre culturel qui n’est pas un théâtre et qui se trouve au centre-ville de la capitale de l’Europe ? C’est très complexe parce qu’il faut garder la ligne des Riches-Claires, qui est de chercher des artistes innovants, il y a un ton dans la création qui est donné. C’est aussi un centre culturel de quartier, il faut continuer à créer du lien avec le tissu social, promouvoir des artistes, élargir le public et faire entrer tout cela dans la même moulinette ! On va aussi travailler avec la bibliothèque dirigée par Marie-Angèle Dehaye. Souvent, le public connaît la bibliothèque et pas le théâtre, ou l’inverse. On va essayer de générer un lien entre les deux.

Quels sont vos projets, concrètement ?

Les projets se poussent au portillon, car les Riches-Claires sont devenus un lieu très convoité par les artistes. Il y a une grande qualité de création. En général, on manque d’espaces où de jeunes artistes peuvent bénéficier de cartes blanches tout en ayant une aide. Avec l’équipe des Riches-Claires, on n’a pas de budget de création, mais un budget d’exploitation. L’idée est de pouvoir accueillir des artistes, plasticiens, photographes, auteurs, comédiens, metteurs en scène, et de leur servir de boîte de production. On peut travailler en partenariat avec des centres culturels qui se trouvent en province, qui peuvent offrir des salles de répétition et des conditions de travail plus intéressantes que les nôtres, mais nous pouvons leur offrir une vitrine. On va essayer de créer une dynamique pour aider les artistes à prendre leur envol. L’idée, c’est vraiment de continuer à parrainer des projets, par un festival de films de fin d’études, par exemple.

Aux Riches-Claires, de nombreux spectacles présentés sont comiques. Allez-vous poursuivre cette tradition ?

Ce ne sera pas du grand rire, mais on ne va pas se prendre au sérieux. Le rire est un vecteur de communication, une manière de toucher des sujets graves. "New York" de Dominique Bréda ou "Vivons heureux en attendant la mort" de Desproges, par Dominique Rongvaux, sont exactement dans le ton. C’est plus un théâtre de l’absurde.

A vos yeux, il n’y a pas de conflit entre le fait d’être artiste et d’occuper un poste “administratif” ?

J’ai été formé dans des écoles où on nous disait : "Les gars, vous choisissez : ou vous jouez et mettez en scène, ou vous faites de l’administration, mais ne mélangez pas tout." Pourtant, si l’on veut comprendre un outil comme le théâtre, il faut avoir des notions de gestion, particulièrement en Belgique où chaque comédien est presque un mini-comptable tant chaque statut a des critères différents. Il faut que les artistes s’impliquent sur le terrain parce que c’est là que se prennent les décisions.