Charge jouissive d’un formidable Murgia

La situation générale est dramatique, mieux vaut en rire pour mieux y réfléchir. C’est le parti pris, féroce, jouissif, salutaire, que choisit Ascanio Celestini dans "Discours à la Nation".

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Guy Duplat

La situation générale est dramatique, mieux vaut en rire pour mieux y réfléchir. C’est le parti pris, féroce, jouissif, salutaire, que choisit Ascanio Celestini dans "Discours à la Nation", créé au dernier Festival de Liège et qui arrive maintenant au Théâtre national. Ne le ratez pas. D’autant qu’il est incarné par un formidable David Murgia, comédien capable de tout faire, jouer l’homme politique, chanter, faire rire, même bailler. Il a une présence et une vérité très rare et forte.

Nous avons déjà présenté ce texte virulent écrit par ce conteur italien dans la tradition de Dario Fo ("La Libre" du 9 janvier). Pour mieux dénoncer les inégalités insupportables entre Nord et Sud de la planète, entre riches et pauvres, ou à l’égard des réfugiés, Celestini se met dans la peau des "riches puissants" et tient des discours paradoxaux et grotesques qui retournent les situations existantes pour en faire une farce implacable qui démonte nos égoïsmes.

Comment oublier, racontée par Murgia, l’histoire de cet homme qui commence comme voleur de grains pour arriver à détenir le monopole du pain (on pense sans cesse à Berlusconi). Ou ce politicien de droite qui félicite les "classes opprimées" d’avoir si bien tout accepté. Comment oublier ce conseil cynique : "Si vous voulez éliminer les immigrés ne tirez pas dessus, mais étranglez-les en les engluant dans la société de consommation et en leur accordant un petit prêt." La fable du parapluie est terrible : l’homme qui a un parapluie pour se protéger, depuis des générations ne veut pas le partager avec celui qui n’en a pas depuis des générations, mais il est "compatissant" et veut bien que le "pauvre" se réfugie sous ses chaussures. Il pourra même manger les miettes qui tombent de son sandwich et fumer le mégot jeté à terre. Certes, l’autre lui "chiera" dessus, mais faut pas trop demander !

Excessif, caricatural ? Certes, mais la magie du jeu de Murgia fait que le texte nous fait rire et nous touche, fort comme jadis, les peintures de Bosch et Daumier ou les textes de Swift. Celestini n’écrit pas une thèse, il agit en homme de théâtre et nous fait passer une soirée formidable et secouante.

Discours à la Nation, au Théâtre national jusqu’au 4 mai 02/203.53.03