"Charishnu" ouvre la danse indienne à Europalia

Un florilège de danses, souvent liées au sacré et très présentes en Inde.

"Charishnu" ouvre la danse indienne à Europalia
©Leela Samson
Bertels Laurence

Empreinte de douceur, de sérénité mais aussi de fermeté, l’élégante Leela Samson, grande dame du bharata natyam, danseuse professionnelle depuis l’âge de seize ans, dirige aujourd’hui sa propre compagnie, voyage et enseigne dans le monde entier. Elle inaugure les scènes europaliennes en nous révélant le désir de se mouvoir, “Charishnu”, en indien dans le texte. Dans ce spectacle haut en couleur, les différentes danses sacrées de l’Inde, chacune chorégraphiée par l’un des maîtres de cet art, se succèdent, s’entremêlent et sont accompagnées par un groupe de percussionnistes sous la direction de Umamahesh Vinayakram. Un spectacle que l’on promet envoûtant.

Quelles sont les caractéristiques de la danse bharata natyam ?

Elle est née dans les temples du Sud de l’Inde. Depuis, elle a traversé tout le pays et est devenue très populaire. Parce qu’elle est gracieuse et expressive. Dans “Charishnu”, une production très rare, nous présentons toutes les meilleures danses d’Inde, le kathakali, le kathak, l’odissi, le mihini attam, le manipuri….

La danse est-elle importante dans la vie quotidienne indienne ?

Très importante. S’il y a une cérémonie, un mariage, une fête, un changement de saison, on danse. Les spectacles se jouent souvent dans les temples. Il y a un rituel lié à la danse. Les chants et les danses interagissent. On observe également une réelle dramaturgie autour de la danse.

Pourquoi avoir choisi le bharata natyam ?

Je pense que je ne l’ai pas choisi mais que c’est lui qui m’a choisie. Quand j’étais petite, ma mère voulait que j’étudie la danse et la musique. Normalement, dans ces cas-là, on cherche à avoir le meilleur professeur. Dans mon cas, j’étais dans la plus belle institution. J’y ai étudié cette forme de danse et je ne l’ai pas regretté car elle ressemblait à mon tempérament. Mais j’adore les autres danses. Et pour Europalia, nous venons avec les meilleures d’entre elles. J’ai déjà créé cette chorégraphie pour le ministère du tourisme, voici quelques années. Ce fut une franche réussite. Bien sûr, il est difficile de mélanger les différents styles car ils possèdent tous une forte personnalité, mais je crois que nous avons trouvé un bel équilibre ici. On peut apprécier chaque danse séparément et profiter de l’ensemble.

Pourquoi la danse garde-t-elle son caractère sacré en Inde ?

Si en Europe, les églises étaient les lieux de rendez-vous, en Inde, les gens vont au temple. Dès lors, les danses et les musiques se jouaient dans ces lieux de culte. Les artistes étaient même payés par les temples et y disposaient d’un espace. Mais toute danse, si elle est très bien dansée, relève, je crois, du spirituel. Surtout lorsqu’elle se dévoile esthétique et offre des moments de grâce, de brillance. De tels instants relèvent du sacré.

L’engagement spirituel des danseurs doit-il être élevé ?

C’est comme pour un enfant, en quelque sorte. Si on observe ses gestes, naturels, sans ego, on est sous le charme. On le trouve formidable, rien qu’en le regardant. Quand les artistes parviennent à se libérer, ils sont aussi libres que les enfants. Il n’est pas aisé d’établir la différence entre la spiritualité et la danse de qualité. Je dirais que chaque artiste peut atteindre un certain niveau de performance mais, qu’il soit spirituel ou non, je n’en sais rien.

Que racontent les danses indiennes ?

L’histoire des dieux mais elles ne sont pas spirituelles pour autant. Si je vois le film des “Dix commandements”, je ne peux pas dire que c’est une expérience spirituelle. Je peux dire en revanche quand cela a touché mon cœur, quand je suis en paix.

La danse contemporaine connaît un succès croissant dans notre monde occidental. Qu’en est-il dans votre pays ?

Il y a beaucoup de groupes de danse contemporaine, en Inde. Les formes classiques sont très actuelles. Je ne crois pas qu’un jeune danseur aujourd’hui va se lancer dans le classique. Il optera plutôt pour le contemporain. L’essence de la création influera la perception.

Qu’expriment les danses traditionnelles ou folkloriques ?

Tout dépend de la région dont elles sont originaires. Si les danseurs se rendent au temple pour apporter de l’eau à Shiva, alors je pense que la dévotion est là, comme lors des processions en Europe, mais cela peut être très joyeux.

Les musiciens sont presque toujours sur scène. Un incontournable ?

En quelque sorte, la danse et la musique sont absolument liées. Pour cette production, tout le monde voulait tel et tel musicien. Nous avons donc dû faire un choix.

Appréciez-vous également la danse contemporaine européenne ?

Je l’adore. J’adore Pina Bausch et elle avait beaucoup de respect pour la danse indienne.

Que pensez-vous d’un festival comme Europalia ?

Qu’il est incroyable ! Rencontrer un pays à travers sa culture est une formidable porte d’entrée. Les expositions, les danses, les musiques, les lectures… C’est tellement important.

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