Non, ma fille, tu n’iras pas prier

Christophe Honoré met en scène "Dialogue des Carmélites". Lecture contemporaine.

Non, ma fille, tu n’iras pas prier
©REPORTERS
Nicolas Blanmont

Supposés capables d’apporter un regard neuf sur des œuvres de répertoire éternellement identiques, voire d’y intégrer un univers visuel propre, les metteurs en scène de cinéma sont souvent les bienvenus à l’opéra. Parfois avec succès, et le plus souvent de façon honnête mais banale. Pour ses débuts lyriques, Christophe Honoré est entre les deux : sa vision de "Dialogue des Carmélites" ne bouleverse rien, n’évite pas certains clichés mais séduit au final.

Le réalisateur de "Non, ma fille, tu n’iras pas danser" n’est, il est vrai, pas seulement cinéaste. Il a commencé sa carrière comme auteur pour la jeunesse avant de venir romancier, dramaturge ou scénariste. D’où son intérêt, sans doute, pour un opéra au livret assez touffu, Honoré faisant même précéder l’exécution de l’œuvre de la lecture d’un autre texte de Bernanos évoquant la jeunesse.

Mû, sans doute, par l’éternel souci de rendre l’œuvre plus accessible à un public d’aujourd’hui, le metteur en scène transpose l’action dans les années 80. C’est au lit avec son amie à moitié nue que le Marquis reçoit ses enfants, et c’est en jupes mi-longues et jambes nues que les nonnes, ne portant qu’occasionnellement le voile, vaquent à leurs occupations. L’action se déroule dans un décor unique, grande salle lambrissée un peu décatie, sise sans doute au dernier étage d’un immeuble et percée, en son fond, d’une grande baie vitrée donnant sur la place de la République à Paris. L’aumônier fume, les révolutionnaires (parmi lesquels la jeune maîtresse du Marquis) portent des brassards de FFI, et c’est en leur faisant troquer leurs chaussures plates pour des hauts talons qu’ils rendent les religieuses à la vie civile. Il n’y aura pas de guillotine au final, mais les sœurs seront contraintes de se jeter dans le vide.

On mentirait en écrivant que cette transposition est créatrice de sens ou qu’elle était nécessaire. Mais elle fonctionne bien et n’altère pas la substance de l’œuvre, la scène finale, sans pathos ni violence excessifs, se révélant même assez réussie. La soirée est d’autant plus réussie que Kazushi Ono dirige somptueusement son Orchestre de l’Opéra de Lyon, optant pour une lecture empreinte de couleurs et de sens du drame.

Serge Dorny, pour deux saisons encore aux commandes de l’Opéra de Lyon malgré sa récente nomination à Dresde, a une fois encore réuni un joli plateau pour ce spectacle, avec notamment deux anciennes lauréates du Concours Reine Elisabeth : Hélène Guilmette (émouvante Blanche) et Anaïk Morel (impressionnante Mère Marie). Louanges aussi pour la Madame de Croissy hallucinée de Sylvie Brunet-Grupposo ou la très fraîche Constance de Sabine Devieilhe, ainsi que pour la plupart des (rares) hommes : Laurent Alvaro (le Marquis), Loïc Félix (l’aumônier) ou notre compatriote Nabil Suliman (le Geôlier).

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