Blanca Li : humour, poésie, technologie

La chorégraphe met en scène corps et machines dans "Robot !" Rencontre.

Marie Baudet
Blanca Li : humour, poésie, technologie

Flamboyante, humble et attachante personnalité de la scène et du cinéma, voire de la pub et de la mode, Blanca Li (née à Grenade, formée à New York auprès de Martha Graham, basée en France) crée depuis 1993, avec sa compagnie, des pièces éclectiques, nourries de diverses influences - de la Grèce antique pour "Le Songe du Minotaure" à la peinture de Jérôme Bosch dans "Le Jardin des délices", en passant par le hip hop de "Macadam Macadam".

Son envie : parler d’aujourd’hui. De ce monde où jour et nuit on vit avec de l’électronique. "En peu d’années, toutes les générations s’y sont mises, même ma mère ! Si la relation homme-machine fait partie de l’histoire de l’humanité, notre présent, c’est l’hyperconnexion. Je suis en train de vivre cette révolution. Comment raconter ça ?"

Orchestre d’automates

Ainsi des recherches l’ont conduite au Japon, "où beaucoup d’artistes travaillent avec les nouvelles technologies" . Elle rencontre les membres du collectif Maywa Denki et leurs automates musiciens. "Humour, poésie, technologie, tout ce qui m’intéresse !" Ainsi naîtrait, pour "Robots", un petit orchestre live. La chorégraphe et les créateurs japonais collaborent grâce, évidemment, aux techniques actuelles de communication. Le défi : créer pour ces automates une partition. "Le compositeur Tao Gutierrez est allé à Tokyo, a appris leur fonctionnement et le son que chacun produisait, et écrit une vraie BO."

Entre-temps, il s’est agi de mettre en scène la robotique, souvent "des gros trucs lourds qui bougent mal" , résume Blanca Li. Son défi à elle : "Arriver à créer une chose globale, avec une vraie émotion, pas juste mettre la machine sur scène pour montrer ce qu’elle sait faire."

Comme un petit enfant gracieux

C’est à son retour de Tokyo qu’elle découvre NAO, fabriqué par la société française Aldebaran Robotics : un robot "super mignon, comme un petit enfant, gracieux, à l’aise avec le mouvement" . Des mois de programmation seront nécessaires - donc d’excitation, puis de frustration, avant de retrouver le plaisir, confie la chorégraphe. "Le rythme est très différent : on n’a enfin travaillé avec les danseurs que quatre, cinq mois après avoir commencé avec les robots. Et en veillant à ne pas laisser ceux-ci bouffer toute notre énergie." Et leur patience… "Mille fois j’ai failli les jeter à la poubelle !" C’est que les machines - tout usager d’ordinateur le sait - n’obéissent pas toujours. "En répétition je paniquais, il y avait toujours un truc qui n’allait pas. On a dû prévoir un plan B pour chaque chose, des doublures, trouver des idées pour gérer les problèmes. Mais finalement, les gens, ça les soulage quelque part de voir que les machines ne sont pas parfaites et infaillibles."

Plus d’un an a passé depuis la création de "Robot !" au Festival de Montpellier Danse 2013. "On a vécu tant de choses que tout le monde est plus calme, moins stressé ; le spectacle a mûri, même s’il a les mêmes fragilités."

Une certaine lourdeur aussi. "Le décor n’est pas énorme mais l’installation est complexe, avec des kilomètres de câbles. J’aurais dû l’appeler Câbles ! Il faut à chaque montage tout tester, et le filage est obligatoire. Mais j’ai une super équipe. Dans ce métier, je n’ai pas de temps à partager avec des gens qui ne sont pas passionnés."

Pionnier jusqu’au paradoxe

"Robot !" est un spectacle pionnier dans l’usage de la robotique à ce niveau, même si de plus en plus d’équipements scéniques sont numérisés et robotisés. Jusqu’au paradoxe : "Le jour de la générale, à Montpellier, le rideau computérisé s’est bloqué !"

Au-delà de tout robot, la machine la plus complexe et parfaite est sans aucun doute le corps humain. "Ce qui va sauver et tenir un spectacle, c’est la danse et les danseurs, c’est le plus important. La vraie lecture est là, dans le corps et la danse. J’adore les lumières, le son, les décors, la vidéo, mais si un spectacle ne tient pas sans tout ça, ce n’est pas la peine. Il doit pouvoir exister sans la technique" , soutient Blanca Li.

Chorégraphe et metteuse en scène, elle est aussi cinéaste, et vient de terminer un long métrage qui met son spectacle "Electro Kif" dans un contexte réel. "Je trouve dans le cinéma un autre langage pour communiquer les émotions de la danse. La scène implique le contrôle de tout l’espace. Au cinéma - outre le fait que le langage cinématographique soit plus direct et universel -, on peut chorégraphier en pensant au regard du spectateur, qu’on dirige, et aux mouvements de la caméra. On a ces deux choses pour composer, et ça, j’adore."

Bruxelles, Wolubilis, les 9, 10 et 11 octobre à 20h30. Durée : 1h25. De 23 à 35 €. Infos & rés. : 02.761.60.30, www.wolubilis.be