Les Ressacs des mariés en crise

Agnès Limbos et Gregory Houben reviennent avec leurs mariés victimes des subprimes. Rencontre.

Les Ressacs des mariés en crise
© ©A.Piemme sous un ciel d Antoine B
Laurence Bertels

La première question qui surgit à propos d’Agnès Limbos est de savoir quand elle sera (re) connue à sa juste valeur auprès d’un large public. Grande artiste, clown tragicomique dans le noble sens du terme, pionnière du théâtre d’objets, elle donne des master classes dans le monde entier. Grande figure du jeune public, comédienne ultra singulière et Masque, ex aequo avec Isabelle Huppert, du meilleur spectacle étranger à Montréal pour "Dégage, petit !", notre compatriote pratiqua la nanodanse (danse avec les doigts) bien avant Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael, l’un de ses frères artistiques. Au même titre que Françoise Bloch, Nicole Mossoux ou encore Yolande Moreau. Mais c’est sur elle que seront braqués les projecteurs en ce début d’année 2015. Grâce à "Ressacs" et aux "Misérables" présentés dans les grands théâtres du pays, National, Théâtre royal de Namur ou Théâtre de Liège. Suivront d’autres projets dansés à la Pina Bausch, sous la houlette, qui sait ?, d’un Alain Platel autour des corps vieillissants. Mais une chose à la fois au milieu de ce fatras d’idées et surtout d’objets entassés dans son atelier, à l’arrière de sa petite maison de village à Rhode-Saint-Genèse.

Poupées folkloriques

La différence entre Agnès Limbos et le commun des mortels, c’est que les poupées folkloriques sous boîtes transparentes ramenées de vacances par ses grands-parents, et bien, elle les a gardées ! Et leur donne aujourd’hui vie sur scène. A l’instar de cette longue vue dénichée à l’île de la Réunion où elle jouait son spectacle précédent, "Conversation avec un jeune homme". Ou de ce phare désormais équipé d’un système lumineux grâce à un ami ingénieux, de ces minuscules mappemondes gonflables, de ces ailes de corbeau, de cette vache feutrée ou de cette famille de cervidés qui trône sur l’appui de fenêtre, toisant les biquettes qui, malgré la neige, broutent trois brins d’herbe dans le champ d’à côté, sous la lumière blafarde d’un 30 décembre.

Dans l’atelier

L’artiste nous reçoit dans son atelier, quelques jours avant que le décor de "Ressacs" déménage vers le plateau du Théâtre national pour le montage. Et là, sous nos yeux, apparaît le circuit du train électrique qui inévitablement rappelle celui de "Kiss and cry". Coupé en deux, le circuit se trouve à deux hauteurs différentes. Françoise Bloch, conseillère artistique, préfère les rails plus près du sol. Mais les spectateurs verront-ils passer le train ?

Un circuit électrique donc mais aussi une table - élément indispensable du théâtre d’objets - un gros nuage blanc et une mouette. Autant d’objets à forte puissance évocatrice pour un théâtre qui, bien plus que ludique, est aussi politique et écologique. Comme on le verra avec "Ressacs" dont la forme courte avait été présentée, et très bien reçue, au festival "XS" au National en 2013. Il sera cette fois à l’affiche du 13 au 18 janvier au National dans le cadre de sa programmation familiale et s’adresse à tous dès 13 ans. Adultes ou ados, courez-y ! Vous ne serez certainement pas déçus. On retrouve dans ce spectacle d’une heure quinze le couple de mariés - celui qui trône au sommet du gâteau -, qui parle un anglais basique et glisse quelques mots de français lors des disputes. Victime de la crise des subprimes, il a tout perdu, sa voiture à crédit, sa maison à la Hopper, son gazon vert, son génial réfrigérateur. "Darling" a même dû revendre sa chemise.

Les époux croient être arrivés sur une île déserte, comme le suggère le petit bateau qui vogue sur d’imaginaires flots. Là, ils vont tenter de se reconstruire, exploiter des indigènes pour travailler à la palmeraie et recréer le système de capitalisme dont ils ont été victimes. Le tout, promet Agnès Limbos, raconté avec humour, férocité et même cynisme, l’artiste et son complice Gregory Houben étant sans cesse acteurs et spectateurs d’un spectacle dont la toile de fond n’est autre que la crise, financière et autre, du couple.

Bruxelles, du 13 au 18/1 au Théâtre national. Infos : 02.203.41.55 ou www.theatrenational.be. Dès 13 ans. Durée : 1h15.

Namur, du 21 au 23 janvier. Infos : 32. 81.226.026 ou www.theatredenamur.be

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